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Une performance cinématographique – l’interview avec Nicolas Boone, Réalisateur de Hillbrow (2014), Prix CAMIRA au Festival Entrevues Belfort 2014

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      C’était avant Noël, Enrico, Tatiana et moi, nous sommes de nouveau retrouvés à Paris pour réaliser un entretien avec Nicolas Boone, à qui nous avons attribué le premier prix CAMIRA au Festival Entrevues Belfort 2014. Il nous a donné rendez-vous dans son atelier dans le 9ème arrondissement, non loin des Folies Bergère.

      Créé par Janine Bazin en 1986, Entrevues Belfort est un festival passionnant dédié aux premiers films de jeunes cinéastes contemporains. C’était aussi ma toute première participation à ce festival. C’est toujours beaucoup plus curieux de découvrir des créateurs émergents, avec leurs travaux bruts, maladroits parfois, mais contenant toujours une force étonnante et frontale de partager leurs sentiments vis-à-vis de ce monde.

       Lors de cette précieuse occasion, j’ai pu découvrir les belles œuvres de cinéastes dont j’ignorais l’existence jusqu’à présent, tel que Und In der Mitte, Da Sind Wir (2014) de Sebastien Brameshuber, qui esquisse un très beau portrait d’adolescents à Ebensee (petite ville Autrichienne) qui doivent supporter le lourd poids de l’Histoire tout en abordant un futur difficile et abstrait; The Mend (2014) du cinéaste américain John Magary, partant d’une situation ‘black-out’ dans cette merveilleuse comédie qui décrit la tension existentielle entre deux frères, mais aussi entre deux hommes. Et encore, Je suis le peuple (2014) d’Anna Roussillon, magnifique documentaire comportant humour et lucidité, qui démontre la force et les difficultés de toute lutte dans l’Égypte d’aujourd’hui. Parmi encore beaucoup d’autres films, l’un des plus beaux court-métrages que j’ai vu en 2014 est Archipels, Granites Dénudes (2014) de Daphné Hérétakis. Le film me touche énormément par son écriture cinématographique qui s’affronte au réel actuel en Grèce. Parallèlement, ‘La transversale : le voyage dans le temps’, un très beau programme de cette année au festival sur le temps au cinéma, me permet de redécouvrir des films comme Les trois lumières (1921) de Fritz Lang, Nostalgia (1971) de Hollis Frampton, Out of the Present (1996) d’Andrei Ujica, Céline et Julie vont en bateau (1974) de Jacques Rivette et le tout dernier opus de Jean-Marie Straub, Kommunisten (2014),

      Étant membre du jury dans un festival peut être considéré comme un “dream job“,  il est pourtant pénible d’être obligé de choisir une seule et unique œuvre pour le prix. Finalement, nous attribuons notre prix CAMIRA au court-métrage Hillbrow (2014) de Nicolas Boone pour diverses raisons, mais notamment pour la fascinante énergie dégagée dans ses dix plan-séquences qui nous ont tenu en son expansion perpétuelle.

       Après avoir donné notre prix à Nicolas à Belfort, nous n’avons échangé que quelques mots dans l’after party, entourée par une forte musique et une foule dansante. Ainsi, l’entretien ci-après, est non seulement pour confirmer le prix symbolique de CAMIRA à Nicolas et son film, mais également pour satisfaire notre curiosité de savoir un peu plus à propos de cet homme, sur ses méthodes de travail et sur ses autres créations.

       Afin de nous réchauffer un peu du froid, Mr. Boone nous a fait goûter un thé blanc qu’il a rapporté de Chine, où il a tourné le film Le rêve de Bailu (2014), qui vient d’être pris au International Film Festival Rotterdam 2015 en avant-première mondiale…

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Hillbrow (2014)

Jing : Il est bon, le thé que tu nous as servi. Tu l’as trouvé où ?

Nicolas Boone : Je l’ai acheté en Chine, sur le marché de Bailu, dans la province du Sichuan.

Jing: Tu visitais la Chine?

N.B : Pas vraiment. L’artiste et performeur Zhou Bin (周斌) et l’artiste française Delphine Richer ont monté une résidence franco-chinoise, là-bas. La ville de Mâcon a donné des financements pour que deux artistes puissent participer à cette résidence. Voilà comment je me suis retrouvé à Bailu !

Jing : Le film que tu y as réalisé, Le Rêve de Bailu, c’était une commande du gouvernement ?

N.B : À vrai dire, oui : j’ai pensé puis réalisé le film un peu comme une commande.

En 2008, le village de Bailu a été détruit par un tremblement de terre et le gouvernement a décidé de le reconstruire « à la française ». Comme on était accueillis par les autorités locales, il ne fallait pas faire un film qui « dérange ». Je me suis dit : je vais faire un film où les gens sont heureux, où tout le monde sourit, comme dans The Truman Show. Les autorités voulaient un film promotionnel. Pour eux, il n’y a pas de différence entre un film d’artiste et un film promotionnel…

En France, on transforme les centres-villes ou les petits villages en villes fleuries, en « cités du bonheur » très propres, avec de belles couleurs, des fontaines, des colombages… Les villages sont très muséifiés. Là-bas, c’est encore plus extrême. Bailu était encore en cours de construction quand j’y étais. Les autorités voulaient étendre le village, qui était pourtant déjà très grand… Les gens qui vivaient là avant le tremblement de terre habitent à côté, maintenant, où ils construisent leurs nouvelles habitations. Dans le centre-ville de Bailu, il y a des hôtels et des boutiques pour les touristes, mais la plupart des maisons sont vides. C’est vraiment un décor, un décor inhabitable. Souvent, les maisons que cachent les « belles » façades sont très vétustes, assez insalubres. C’est un peu comme The World (2004), de Jia Zhang-ke : un parc d’attraction sans attractions. À Chengdu, la ville la plus proche, on voit beaucoup de réverbères style « vieille Europe ». En Chine, il y a vraiment un amour pour l’Europe, pour le Vieux Continent.

Jing : Il y a souvent des groupes immobiliers qui construisent les appartements dans un style européen pour mieux vendre leurs immeubles, comme un produit de luxe. C’est pour ça que, pour moi, Le Rêve de Bailu est comme un détournement d’une publicité commandée par le gouvernement. Quel a été le retour des gouvernants sur le film une fois qu’il a été fini ?

N.B : Ils aiment bien le film. Mais ce n’est pas la version finale, que j’ai montrée là-bas. À l’époque, j’avais fait un petit montage spécial pour eux. J’avais monté le plan-séquence, il y avait beaucoup plus de monde, beaucoup de touristes qui marchaient dans les rues. Il n’y avait pas de texte, on n’entendait pas ma voix. C’était plus heureux. Finalement, à mon retour en France, je suis revenu au plan unique. Il est plus vide, plus triste ; on ressent le malaise ambiant. J’ai aussi refait tout le son. Cette version finale a été montrée au Festival de Rotterdam en avant-première mondiale.

Jing : Comment s’est passé le tournage ?

N.B : Une fois sur place, j’ai écrit un très bref scénario et dessiné un parcours que j’ai proposés à l’adjoint au maire du village. Il me fallait beaucoup d’acteurs, une foule variée, des musiciens, des chanteurs… Une logistique lourde. Il a tout accepté et ne m’a imposé qu’une chose : filmer la place du Cerf Blanc, dont il est très fier. Au final, au moins la moitié des scènes que j’avais écrites sont dans le film. Ce n’était pas évident, et le maire m’a beaucoup aidé. Je ne parle pas chinois, je ne connaissais personne. Par moments, il y avait une interprète, la seule personne grâce à laquelle je pouvais communiquer avec les gens. Le reste du temps, on communiquait par des gestes, des sourires, mais c’était difficile et épuisant… On est quand même arrivés à faire le film. Pour moi, ça reste aussi une très belle expérience humaine, cette rencontre avec les gens, là-bas. Ils ont beaucoup d’humour. Le dernier soir, on a organisé une projection sur la grande place du village. Il y avait beaucoup de monde, et les habitants ont aimé le film.

Enrico : C’est un protocole ? Quand tu tournes un film, tu le montres d’abord à ceux qui y ont participé ?

N.B : Exactement. C’est le deal. Comme je fais des films à petit budget, en général, je m’engage vis-à-vis des gens en leur disant : « J’utilise vos décors, vous jouez dans le film et en échange, l’avant-première vous appartient ! »

Enrico : Tu montres les films une fois achevés ou tu en montres les rushes, aussi ?

N.B : Pour L’Onduleur, un film que j’ai fait dans un petit village au Togo, en Afrique, on est venus avec un vidéoprojecteur. Et tous les soirs, je montrais les rushes aux habitants. J’ai aussi montré d’autres films, comme Le Mécano de la Générale, de Keaton, et des films muets. Ça me permettait de motiver les gens à m’aider à réaliser le projet, ce qui n’est pas facile. Et le fait de leur montrer des films, ça stimulait une énergie et un désir de participer au tournage.

Ces projections étaient de super moments. Pour la plupart des gens, c’était la première fois qu’ils voyaient un film « en grand ».

Enrico : C’est comme Flaherty chez les Esquimaux, sur le tournage de Nanouk. Il fait le film là-bas et, en même temps, les gens interviennent dans le processus de fabrication du film, développent la pellicule… C’est le principe de collaboration que Flaherty avait mis en place.

N.B : Oui. C’est aussi ce que faisait Medvedkine, avec son train qui l’emmenait de villages en villages et dans lequel il transportait tout son matériel de tournage et de projection. Il avait même un laboratoire de développement à bord.

Tatiana : Tu as fait trois écoles des beaux-arts, à Nancy, Paris et Lyon. Il y a des raisons particulières à ce triple cursus ? Le cinéma faisait-il partie de tes projets dès le début, ou il est apparu en cours de route ?

N.B : Avant de faire les beaux-arts, j’étais déjà fasciné par le cinéma. Je n’étais pas forcément cinéphile, mais certains films me bouleversaient. Sauf que… comme je n’étais pas bon élève, je n’osais pas affirmer mon désir de faire du cinéma.

J’ai étudié aux beaux-arts pendant huit ans. J’ai commencé en 1994 à l’école de Nancy, puis j’ai fait les Beaux Arts de Paris, où j’étais dans l’atelier de Jean-Luc Vilmouth. C’était formidable. J’avais vraiment le sentiment d’avoir une grande liberté et la possibilité de rencontrer beaucoup d’artistes. Ensuite, j’ai fait un post-diplôme à l’école des beaux-arts de Lyon.

Ce qui était bien, aux beaux-arts, c’est que j’ai pu essayer plein de choses : la photo, le dessin, la peinture, un peu de sculpture… Parallèlement, et dès ma deuxième année à Nancy, j’ai découvert ce qu’était l’« installation vidéo » et la performance, qui m’ont beaucoup inspiré. Chaque fois que le travail d’un artiste me « parlait », j’avais besoin de le refaire, comme un peintre qui refait les toiles des classiques. Quand je dis « refaire », ce n’est pas dans le sens de reproduire, mais de m’inspirer. J’ai « refait » Imponderabilia, par exemple – la pièce de Marina Abramovic et Ulay -, pour comprendre, pour voir comment on peut perturber le flux des passants dans la rue. J’étais fasciné par les performances du mouvement Fluxus. J’ai aussi réinterprété Région centrale de Michael Snow, mais à Paris dans mon cas, avec une caméra qui tournait dans tous les sens autour d’un porte-manteau-pivot. Je l’ai présenté en installation ; je faisais beaucoup d’installations, à ce moment-là.

Vers la fin de mes années aux Beaux Arts de Paris, juste avant mon diplôme, je suis parti un an à Vancouver. C’est là que j’ai vraiment associé les deux univers : celui de la performance et celui du cinéma. Et puis, pour mon diplôme de fin d’étude, j’ai réalisé un film dont la finalité était le moment du tournage : Un film pour une fois (2001). Quand le jury est entré dans la grande cour vitrée des Beaux Arts, je leur ai dit : « Bonjour, je vais vous présenter un film dans lequel vous allez jouer un rôle de figurant. À un moment donné, il y aura un mouvement et vous devrez vous asseoir. On vous guidera… Est-ce que vous êtes d’accord pour participer à l’expérience ? » Le jury m’a répondu « oui ». Alors j’ai crié dans mon mégaphone : « Ok, vous pouvez envoyer le film. » Et là, cent personnes sont arrivées dans la cour avec des flyers, tout un tas d’objets… Pendant dix minutes, il s’est passé plein de petites actions prévues au scénario : des gens arrivaient en rollers, on m’a apporté un pigeon mort avec un message accroché à la patte, que j’ai lu à voix haute… C’était souvent des citations de films ou de performances d’artiste, le tout très rythmé, comme dans un vrai tournage, avec toute son agitation : une équipe technique, des figurants, des acteurs, un scripte avec un scénario… sauf qu’il n’y avait pas de caméra. Ça aurait brisé la spontanéité ; je ne voulais pas de caméra. C’était un happening : pas de traces, même si j’avais demandé à quelqu’un de faire des Polaroïd qu’il posait à terre. Ça me plaisait, cette idée de trace fragile, poétique… de voir l’image se faire, littéralement.

J’aime bien considérer Un film pour une fois comme mon premier film. Je pense qu’il est très important par rapport à tout ce qui a suivi, parce qu’il y avait plein d’outils mis à disposition et tout un programme à développer.

Tatiana : Mais après, avec Lost Movie et Plage de cinéma, tu as transformé cette idée de « tournage » en images filmées. Pourrais-tu nous parler un peu de l’esprit qui a guidé ces travaux : des références à différents genres, dont la série B, et la mise en abîme du processus de fabrication cinématographique ?

N.B : Après Un film pour une fois, j’ai fait Une autre fois pour un film, puis Une fois pour un autre film. J’ai un peu creusé le concept. Quelque part, j’avais peur de filmer des images, ou plutôt je n’en avais pas envie, comme si le tournage était plus intéressant qu’un film que personne n’irait voir. C’est l’excitation du tournage qui me motivait. C’est très ludique, un peu comme les enfants qui jouent en « faisant semblant ». Puis mes tournages ont commencé à se transformer en fête. Le premier tournage que j’ai filmé – littéralement : il s’agissait de filmer le tournage -, c’est Lost Movie (2003). Je l’ai fait alors que j’étais en résidence à La Caserne, une ancienne caserne militaire, à Pontoise, qui a été transformée en résidence d’artistes. Des journées « portes ouvertes » se préparaient. Je me suis dit que j’allais réaliser un film de guerre dans la cour d’honneur et que les visiteurs seraient invités à en être les figurants. Du coup, j’ai écrit un scénario inspiré de la Grande Guerre, des scènes faciles à mettre en place que j’avais vues dans des films ou que j’ai imaginées. Le personnage principal du film, c’était la foule : on devait avoir en permanence une foule à l’image. Comme j’avais peur que les figurants s’ennuient et partent, je les sollicitais en permanence. J’ai fait appel à des amis pour filmer. La caméra principale du film, c’était une Super 8, mais il y en avait d’autres, pour disposer de plusieurs points de vue, car je voulais qu’on ne loupe rien du tournage puisque c’est lui que je filmais, justement. Ça a été très festif, avec un DJ qui passait des disques, du vin en abondance…

C’est un film que j’ai peu montré. Je l’ai projeté aux gens qui y ont participé. Il est aussi passé dans un festival de films de danse. Mais encore une fois, l’essentiel, c’était de tourner !

Ensuite, en 2004, j’ai écrit un projet de performance cinématographique pour obtenir une subvention et ça a marché. J’ai eu un petit financement qui m’a permis de réaliser Plage de cinéma. L’idée première, c’était de faire un film qui commence à marée haute et se termine à marée basse. On a affrété un car pour emmener des figurants sur une plage de la mer du Nord. J’ai choisi un week-end de pleine lune pour avoir une grande marée, et j’ai tout calculé pour que le car arrive à marée haute et reparte à marée basse. On avait deux jours, un samedi et un dimanche. Et il a fait beau, donc beaucoup de promeneurs qui passaient là ont intégré le tournage ! Du coup, c’est devenu un film très peuplé. Il est heureux, plein de vie ! Et puis, la plage, ça fait toujours rêver… C’est le premier film que j’ai montré aux Rencontres Internationales. Il a eu une petite vie, il a pas mal circulé sur internet, il y a eu des projections dans des squats, des bars… Ça m’a vraiment encouragé à en faire d’autres. Mais quelque part, j’étais un peu frustré, car ce n’était pas un film qui parlait de choses importantes, de « vraies » chose. C’était plutôt un « vrai moment ».

Cette même année, j’ai fait une résidence à la Synagogue de Delme, un centre d’art. Je voulais faire un film dur, plus dramatique, qui parle de choses « importantes ». Et j’ai réalisé un film plus « gore », mais toujours assez festif : Fuite. Un peu comme Plage de cinéma, c’est une fiction qui ne raconte aucune histoire, mais avec plein de morceaux de films emboîtés : un film très fragmentaire, presque du VJing. Cette fois, le décor était un petit village avec un lac, des champs. Il y avait une boutique Emmaüs à proximité, avec plein d’imperméables. Du coup, pour rien du tout, j’en ai acheté cent ! J’ai habillé tout le monde avec, comme si c’était le bleu de travail des acteurs : l’imperméable, et en plus un chapeau. Une citation de Jean-Pierre Melville et du film noir américain !

À chaque fois, avec chaque film, je tente d’en finir avec le cinéma, avec mon désir de faire du cinéma. Mais, toujours, de nouvelles idées me rattrapent…

Enrico : Et comment tu t’y prends par rapport à la technique, à la prise de vue et au type d’image ? Du côté du support, est-ce que tu as des préférences prédéfinies ou ça dépend du projet ?

N.B : Pour Fuite comme pour Plage du cinéma, Lost Movie, Portail, La Nuit blanche des morts vivants et La Transhumance fantastique, j’ai travaillé avec plusieurs caméras, mais il y en avait toujours une principale, pour laquelle je storyboardais chaque plan. Je communique beaucoup par le dessin, avec le cadreur. C’est important parce que je ne cadre jamais mes films : je ne veux pas être derrière la caméra, coincé avec des problèmes techniques. Je préfère m’occuper de l’agitation du tournage.

Enrico : Après, tu as présenté ces films dans des festivals ou tu les faisais plutôt pour des expositions ?

N.B : La diffusion des films en galerie ou en festival n’est pas si évidente ! Oui, j’ai eu quelques occasions, surtout pour Plage de cinéma. Je l’ai montré à l’espace Ricard, par exemple. C’est le film qui a le plus tourné, parce que c’est un film plus « pop » que les autres. Alors que pour Fuite, Portail, La Transhumance fantastique ou BUP, c’était plus problématique. Mais avec le temps, j’ai compris qu’il fallait savoir se contenter d’une seule bonne projection… et cette projection, c’est souvent celle que je fais sur le lieu des tournages, avec les gens qui y ont participé. En fin de compte, c’est normal : ce sont des films souvent assez fous qui ne captent pas si facilement la sensibilité du spectateur… donc c’est plus facile d’accès pour les gens qui ont participé au tournage, parce que ce qui est central, pour eux, c’est justement le moment du tournage.

Je fais souvent des éditions DVD, aussi. C’est important pour finir un film. C’est comme un prolongement et un substitut à la diffusion ! J’ai travaillé avec les éditions èRe, puis avec Écart, un éditeur de films d’artistes. Avec les DVD, les films continuent à exister et à circuler. Ils existent aussi sur internet mais, sur internet, je sais par expérience qu’ils sont peu vus, ou mal vus…

Jing : Sur ton site, j’ai vu un film en DVD interactif…

N.B : C’est Portail, un film que j’ai tourné dans un château et son parc, en région Centre. J’ai voulu faire un film total, qui épuise tous les genres : western, film gore, film classique, film « à histoires », film de vampires, film de zombies… Chaque façade du château m’avait inspiré de nouvelles scènes.

Le projet, c’était de réaliser un film aléatoire, un film qui pourrait être pris « en cours de route ». Chaque spectateur entre dedans au hasard : la première image du film qu’il voit est donc forcément différente de celle que voit un autre spectateur. Pour moi, c’est un film idéal pour une installation. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’histoire, au contraire ! Il y a une multiplicité d’histoires. Après, chacun peut inventer son scénario. La foule de figurants était une foule de zombies qui n’arrêtaient pas de mourir et de renaître, le sujet idéal pour un tel projet !

Pour fabriquer le DVD, j’avais rencontré un ingénieur qui a programmé un menu complètement aléatoire : les cinquante scènes du film passent les unes après les autres puis le cycle des cinquante scènes recommence, mais dans un autre ordre. J’ai présenté quelques fois le film en installation, mais le DVD a beaucoup circulé.

Ensuite, j’ai fait La Transhumance fantastique (2006) où, comme pour Portail, j’ai eu l’idée du dispositif avant de faire le film. Je voulais faire un DVD qui s’autodétruirait, un DVD que l’on ne pourrait lire qu’une seule fois. À l’époque, ce type de DVD se vendait beaucoup dans les gares. C’était un substitut à la location ou, parfois, simplement un objet promotionnel. C’était complètement contre-écologique, mais ça m’intéressait beaucoup par rapport au sujet du film dont j’avais l’idée !

J’avais proposé un projet de résidence à Périgueux et j’ai été invité à le réaliser : un long travelling sur un vrai chemin de fer. Quand je suis arrivé en Dordogne, j’ai cherché ce vieux chemin de fer et j’en ai trouvé un long de vingt kilomètres. Puis m’est venue l’idée du western. Alors j’ai transposé le genre à la Dordogne : on irait dans le sud pour s’installer à la campagne et chercher non pas de l’or, mais le vert, la nature. Du coup, les personnages ne sont pas des cowboys : ce sont des rurbains qui cherchent la Nature, la vraie nature. Ils sont accaparés par des promoteurs qui leur vendent des maisons autodestructibles d’une durée de vie de dix ans, au bout desquels elles s’autodétruiront. Les « rurbains » sont enfermés dans ces lotissements, mais toujours à la recherche de la nature, alors ils finissent par devenir des animaux… des cannibales, même, et ils se mangent les uns les autres. C’est une histoire tragique. Au final, ça donne un film de cinquante minutes, très performatif !

Tatiana : Dans BUP, comme dans La Transhumance fantastique, les institutions apparaissent comme des instances qui règlementent la vie des gens à partir de principes arbitraires, souvent basés sur de beaux discours. Cette critique sociale, toujours avec un humour décalé, semble rejoindre le détournement de la forme que tu opères dans tes films…

N.B : Oui. Dans La Transhumance fantastique apparaît la figure du promoteur qui fait des discours et qui essaie d’accaparer et de manipuler les gens. Ensuite, je suis « tombé » dans la série BUP. « BUP », c’est une marque, comme « Coca-Cola » ou « Google ». Elle contrôle tout. Ce n’est plus la politique qui gouverne le monde, c’est la publicité, c’est la marque « BUP ».

J’ai fait neuf épisodes à l’occasion de neuf résidences et, à chaque fois, j’ai associé la marque à un univers différent : une ville différente, un décor différent, un genre différent…, et à un autre film : par exemple, pour BUP Ball, c’est Rollerball (de Norman Jewison, 1975). Le spectateur ne le reconnaît pas forcément, car c’est une influence, pas un remake littéral : je prends beaucoup de liberté sur le film-modèle. Ce qui caractérise la série BUP, aussi, c’est que chaque épisode se construit sur celui qui le précède. Le premier que j’ai fait, c’était en région parisienne, dans plusieurs vélodromes : BUP Ball. BUP est donc associé à l’univers sportif, dans cet épisode-là.

À l’étalonnage, on a donné une couleur différente à chaque épisode mais, en fin de compte, on s’aperçoit que c’est toujours un peu le même : on y retrouve les personnages principaux et la marque « BUP ». Malgré tout, l’univers BUP évolue d’épisode en épisode, jusqu’à devenir terrible…

Quand j’ai entamé cette série, mon angoisse était de finir par faire toujours le même épisode. C’est pour ça que j’ai cherché à faire des épisodes radicalement différents les uns des autres. Je tentais d’aller toujours plus loin, pour épuiser le concept et tous les genres possibles, aussi : film sportif, scientifique, bio, politique, western, architecture… J’ai vraiment essayé d’en finir avec le cinéma, encore une fois … et d’en finir avec BUP !

J’ai fait éditer un coffret qui rassemble tous les épisodes et que j’ai appelé BUP Total.

Tatiana : Tu as mentionné plusieurs supports d’image et plusieurs formats. Dans BUP, puis dans TransBUP, tu as travaillé avec des images « tournées » dans un milieu virtuel. Peux-tu nous dire quelques mots sur cette méthode hybride ?

N.B : J’avais envie d’explorer le monde virtuel. C’était important pour moi. Je l’ai d’abord fait avec MetaBUP (l’épisode 4 de la série). C’est un machinima que j’ai réalisé avec Johann Van Arden, un geek capable de créer très rapidement des avatars et des décors virtuels. On a acheté une SIM dans Second Life, un espace où on a construit un building avec, à chaque étage, un décor différent. On a invité des geeks à venir participer à un tournage sur notre SIM avec leur avatar. Chris Marker est venu au rendez-vous, entre autres ! Dans MetaBUP, son avatar a un chat sur l’épaule.

Après avoir fini la série, je me suis dit qu’il fallait faire « BUP, le film » : TransBUP, où on retrouverait chaque univers de chaque épisode « BUP ». Avec Marianne Tardieu, j’ai écrit un scénario plus « classique » que ceux qu’on trouve dans la série. On a tourné dans la ville et la région d’Annonay, au nord de l’Ardèche, où l’on m’avait invité en résidence. C’est là que les frères Montgolfier ont lâché la première montgolfière. Cette coïncidence m’intéressait beaucoup, car la montgolfière est un support publicitaire idéal, que j’avais d’ailleurs imaginé comme premier support BUP… Le scénario a été écrit autour de cette anecdote, comme si BUP se réappropriait l’Histoire avec un grand « H » ! Le récit du film se déroule à la fois dans le monde virtuel et dans le monde réel : trois personnages en lutte contre le système cherchent à semer les agents BUP dans le monde réel et dans le monde virtuel.

C’était un projet très ambitieux. Certains moments marchent mieux que d’autres… Si le film était à refaire, je simplifierais le scénario, je développerais les scènes où les acteurs sont avec leurs écrans dans la nature, scènes que je trouve très belles. Et je ne tournerais que celles-là.

Tatiana : Je pense que le film marche bien dans l’équilibre qu’il trouve entre les mondes réel et virtuel, parce que l’un n’est pas tout à fait le miroir de l’autre : on y avance en parallèle. Tu as trouvé une façon d’articuler les deux univers sans qu’on ressente l’idée de correspondance.

N.B : Oui. Et les deux mondes se rejoignent à la fin.

J’ai toujours beaucoup aimé eXistenZ (1999), de David Cronenberg, et je m’en suis inspiré pour TransBUP. (au passage… un autre film de mes films-cultes : Invasion Los Angeles [They Live, 1988] de John Carpenter. BUP vient beaucoup de là).

Le tournage de TransBUP a été très court. Il n’a duré que six jours, avec beaucoup de scènes où il y avait plein de figurants. On a squatté des événements, comme je l’avais déjà fait dans BUP, où j’ai tourné au milieu de véritables compétitions dans des vélodromes, ou des courses de motos. J’ai aussi filmé mes promoteurs BUP dans la foule du carnaval de Dunkerque, par exemple. Injecter ma fiction dans le réel, c’est ça qui m’intéresse ! C’est vraiment très important, pour moi, et ça remonte à loin, au jour où j’ai vu Frissons dans la nuit (Play Misty for Me, 1971), de Clint Eastwood. Le héros fait un reportage dans un festival de jazz, et puis, à un moment, la fiction intègre le festival, le film intègre vraiment le festival. Après avoir vu ce film, j’ai toujours eu envie de faire ça, de tenter l’expérience. Et je l’ai fait !

Tatiana : On parlait de filmer dans le milieu virtuel et de machinima. Or quand j’ai vu Hillbrow pour la première fois, à Belfort - à ce moment-là, je ne connaissais pas ton travail -, ça m’a tout de suite fait penser à l’univers de certains jeux vidéos, notamment GTA (Grand Theft Auto, Rockstar Nort, 1997). Il t’a effectivement inspiré ?

N.B : Absolument. J’ai utilisé GTA et dix autres jeux vidéo dans TransBUP. C’était un gros travail, car il fallait créer les trois avatars (ceux des personnages en lutte contre BUP) dans les dix univers, sans compter les décors, les parcours… On a tourné des scènes dans The Sims (Electronic Arts, 2000), dans Second Life et dans GTA (par exemple la scène avec les taxis jetés sur les immeubles par un des trois avatars).

Pour en revenir à Hillbrow… À partir du moment où j’avais décidé que la caméra suivrait les acteurs, je savais qu’on se retrouverait dans un dispositif qui évoquerait le jeu vidéo : dans Counter-Strike (Valve/Turtle Rock, 1999) ou GTA, on « suit » littéralement les avatars. Dans Hillbrow, le premier plan, avec l’adolescent sur un toit, fait très GTA.

Tatiana : Ça m’est venu plutôt après, en fait, surtout pendant la scène du braquage dans le cinéma, ou alors avant, dès le deuxième plan, avec le promeneur qui se fait attaquer : c’est déjà une caméra de jeu vidéo, pour moi. C’est vraiment l’association entre une caméra fluide, qui suit un corps en continu, et la violence extrême. Tu avais élaboré quelque chose là-dessus ?

N.B : Dès le début, j’étais conscient que ça pouvait faire jeu vidéo, mais ce n’était pas un but en soi. Cela dit, c’est sûr que le dispositif du film et le décor d’Hillbrow y font penser.

Au départ, Hillbrow devait être un film muet : les acteurs ne devaient pas parler car, pour moi, ce sont les corps, les costumes, les accessoires qui « parlent ». J’ai donné aux acteurs un parcours à suivre et quelques directions, pour qu’ils aient des gestes à faire, assez précis, d’ailleurs. Mais je ne leur ai pas dit : « Parlez ». Parfois ils parlent, ils chantent… Plein de choses se passent malgré moi et j’ai laissé faire, parce que ça m’a plu.

Jing : Tu as un rapport assez organique avec les endroits où tu te trouves quand tu fais un film. Je me dis donc que tu t’intéresses aux gens qui y vivent, à leurs gestes… Mais en même temps, j’ai l’impression que tu préfères les mettre en scène plutôt que les filmer tels qu’ils sont. Y a-t-il des raisons spéciales à cela ?

N.B : On peut prendre Hillbrow comme exemple. J’étais en résidence en Afrique du Sud en 2012 et la première fois que je suis allé à Hillbrow, je n’ai pu y passer qu’une journée. Je me suis baladé là avec un jeune qui m’a montré le quartier. La densité, la population, le mouvement, l’architecture, le décor… tout m’intéressait – le côté très détruit, très post moderne de ce quartier qui ressemble à Brooklyn, mais en ruines. Hillbrow se trouve sur une colline à côté du centre-ville de Johannesburg qui, lui, est beaucoup plus dense et me semblait moins cernable, trop grand. À Hillbrow, j’ai pu faire le tour de la colline en une journée. Et puis je sentais que je pouvais apprivoiser ce quartier. Plus tard, j’y suis revenu avec l’idée de faire un film et j’ai commencé par marché dans le quartier, guidé des jeunes. Je cherchais le cœur de la ville dans les parkings, dans les immeubles… Et j’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont raconté plein d’histoires. La plupart du temps, c’étaient des histoires « trashs ». Des junkies dans leur squat m’ont raconté pourquoi ils avaient fait de la prison, d’autres personnes comment elles s’étaient fait braquer dans un supermarché la semaine d’avant. Je n’ai rien enregistré ; j’ai écouté et retenu. Puis j’ai écrit le film en faisant des synthèses de ces histoires, et j’ai associé chacun de ces petits récits à un parcours dans le quartier. Vu l’économie très réduite du projet, j’ai dû me limiter à dix plans séquences. Il y a eu beaucoup de préparation en amont et une concentration intense pendant le tournage, pour que chaque plan soit fluide. On avait organisé un casting et cent cinquante personnes motivées par le projet sont venues. Comme d’habitude, je me suis engagé à revenir leur montrer le film une fois qu’il serait fini. Les gens ont accepté le deal, et le film a pu se faire.

Enrico : Tes mises en scène sont extrêmement complexes et on ressent le côté fictionnel de tes films mais, en même temps, tu préserves des conditions de tournage qui ne peuvent pas être totalement contrôlées.

N.B : Tourner ces plans séquences a demandé beaucoup de concentration, mais nous a aussi procuré beaucoup de plaisir. J’ai retrouvé le côté ludique et très performatif de mes « films pour une fois ».

J’essayais de motiver tout le monde pour que la première prise soit la bonne. Parfois ça marchait. D’autres fois, il fallait refaire la prise une, deux… trois fois : la quatrième était la meilleure. Pour la scène du stade, c’est la première prise qu’on a gardée. C’était une scène très compliquée à réaliser : pour qu’on voie le visage du type quand il s’assoit, il fallait être là aux premiers rayons du soleil, donc tourner à cinq heures du matin. Le jour de la prise, le ciel était très couvert mais, pile au moment où le type s’est retourné, il y a eu une éclaircie ! On était vraiment tributaire du moment présent. Le bruit très étouffé du sifflet matinal du train existe vraiment, on n’a pas triché. On entendait aussi le chant des oiseaux. C’était un moment incroyable !

À chaque scène, des événements heureux et pas calculés se sont produits, comme l’entraînement des pompiers, par exemple, ou l’apparition d’un bébé dans un couloir…

Tatiana : Certaines personnes réagi après avoir vu le film, l’accusant d’être raciste. Je me demande si tu es au courant.

N.B : Oui, il y a polémique. À Marseille, j’ai eu des retours comme ça. Même l’autre jour, après une projection à Paris, quelqu’un m’a dit qu’on ne pouvait pas faire un film pareil à Johannesburg, parce qu’on n’y parle pas de l’Apartheid. À Johannesburg, il y a aussi des blancs, oui… mais pas dans ce quartier. Et ce n’est pas un documentaire sur la vie à Hillbrow, c’est une fiction. Ce sont des tas d’histoires que l’on m’a racontées et que j’ai réécrites, parfois intensifiées, déplacées dans un autre contexte, le tout condensé sur 32 minutes. Ce sont encore des fictions injectées dans le réel.

Tatiana : Les gens qui disent cela n’ont pas expliqué en quoi ils trouvaient le film raciste. Je suppose que la critique est basée sur une impression de représentation spectacularisée d’une violence incarnée par des corps noirs, une représentation qui se présenterait comme le portrait d’un quartier qui, en plus, donne son titre au film.

N.B : On peut comparer la situation à celle de mon film tourné en Chine : les gens voudraient voir un film promotionnel sur Hillbrow, un film où tout le monde sourit, tout le monde est content, où tout est propre, tout est beau. Un film qui dise : la vie est belle dans ce quartier de Johannesburg. Or ce n’est ni un film promotionnel, ni un film de propagande. Pour moi, la raison pour laquelle Hillbrow fait polémique est due à son dispositif même, auquel on n’est pas habitués : c’est un film tendu, qui raconte plein d’histoires, pas une histoire. Ces scènes dures sont montées les unes à coté des autres sans liant narratif : on est face à un condensé de violence. Et le fait que ce soient des plans séquences, et rien que des plans séquences, ça intensifie encore plus cette tension : on a peur que le plan coupe, que ça « casse ». C’est très éprouvant, pour le spectateur.

Enrico : Pour moi, ce qui est intéressant c’est qu’il n’y a presque pas de dramaturgie, mais seulement : « action + action + action », une chose après l’autre. Même si le développement de chaque séquence est évident, on a l’impression que tu as retiré tout ce qui s’est passé « avant » qu’elle ne commence.

N.B : Exactement ! On est exclus, on ne sait rien de ces gens, il n’y a pas d’affect. C’est « juste » un enchaînement d’actions. Alors ceux que ça dérange disent que le film est raciste ou violent.

Je l’ai montré à Hillbrow, où… pour d’autres raisons… ça s’est mal passé ! Les gens étaient contents de me revoir, ils ont bien rigolé pendant la projection et ils ont applaudi à la fin, mais après, pendant le débat, ils disaient que voir des gens qui marchent, c’est ennuyeux. Ils s’attendaient à un film d’action américain !

Tatiana : Et ton prochain projet ?

N.B : Je suis en plein dedans ! Ce sera au Sénégal. C’est un peu la suite d’Hillbrow… et de L’Onduleur, aussi. Un jour, un type m’a dit qu’il aimerait bien qu’il y ait une suite à l’Onduleur. Qu’est-ce qui peut se passer après le départ des populations des villages, une fois que la modernité s”est effondrée ? Ce sera un Hillbrow rural, peut être…

Cet été, je suis allé dans un village du Sénégal qui se trouve à trois heures de voiture de Dakar. C’est un village très pauvre, mais étrangement doté d’un « campement » qui peut accueillir des visiteurs. Je me suis projeté dans un avenir proche, j’ai imaginé le village déserté de sa population et j’ai écrit un scénario où tout le monde serait parti, sauf ceux qui ne peuvent pas le faire : les fous, les handicapés, les vieux et des enfants ‒ des enfants soldats qui, eux, restent par choix. Il n’y a plus rien à manger a priori, mais des groupes d’individus subsistent malgré tout. Ils errent, dans une économie de survie. Ils sont très cruels entre eux, y compris au sein de leur propre groupe. Quand ces bandes se rencontrent, il y a des altercations. Voilà, en gros, le scénario. Au niveau technique, ce sera tourné en un seul plan séquence. Un film de trente minutes ou de plus d’une heure, je ne sais pas encore, mais j’ai bien le parcours en tête. Cet été, j’ai rencontré quelques acteurs, aussi, dont certains joueront sûrement dans le film. Enfin, techniquement, on travaillera avec le même objectif que pour Hillbrow, un 35mm.

Dans mes films, habituellement, il y a toujours beaucoup de monde. Là, au contraire, il y en aura très peu : on ressentira une absence, un peuple qui manque. J’apporterai un vidéoprojecteur dans le village, car montrer des films, là-bas, c’est décidément toujours un événement. Et je montrerai les rushes, aussi.

Tatiana : Donc tu es à fond dans l’idée de plan séquence et de travailler avec la notion de perception continue.

N.B : Oui, en jouant avec le rythme, aussi. J’aimerais beaucoup travailler sur l’ennui, avec des plans longs, parce qu’en Afrique, il ne se passe pas grand-chose. J’ai regardé plusieurs fois L’Homme sans nom (2009) de Wang Bing. Cet homme-là est toujours en train de faire quelque chose : il mange, il jardine, il récolte… Il est toujours actif, il ne s’arrête jamais. J’aime beaucoup ce personnage, et j’ai d’abord pensé m’inspirer de lui pour écrire ce nouveau projet. Mais finalement, ce n’est pas ça que je veux pour ce film-là. Je veux des moments très longs, ennuyeux, où l’on ne ressente rien d’autre que le temps qui passe. J’ai aussi pensé à Michael K, sa vie, son temps (Life & Times of Michael K, 1983) de J.M. Coetzee, un écrivain d’Afrique du Sud. Le protagoniste a fui la ville et vit dans une grotte à la campagne, comme un ermite, un peu comme celui de L’Homme sans nom. Il y a plein d’autres exemples d’êtres un peu sauvages comme ça.

Quelque part, BUP, c’est la modernité. Une fois que tu enlèves « BUP », il n’y a plus rien. Il y a le silence, il y a l’attente. J’aimerais vraiment faire un film où il n’y aurait plus personne.

Jing : Tu aimes bien l’Afrique, non ? Tu y retournes assez souvent.

N.B : Oui, l’Afrique m’inspire beaucoup. Pour moi, c’est la terre de l’anticipation : l’effondrement a déjà eu lieu ; les Africains sont dans l’ère de « l’après ». C’est le monde postmoderne par excellence. Peut être qu’ici, en Europe, en Occident, nous vivons la même évolution, mais elle est plus évidente, là-bas.

Jing : Est-ce que tu considères que tes films portent une certaine forme d’engagement politique ?

N.B : Chaque fois, je tente de montrer l’essentiel. La nécessité, pour moi, ce n’est pas de dénoncer, mais de montrer ce qui est important.

Lors d’un premier voyage à Johannesburg, j’ai fait un film à l’occasion d’un workshop à Kliptown, un township de Soweto. Les gens y paraissent heureux, l’idée de bonheur émerge de façon évidente alors que la réalité de Kliptown est complètement différente : dès qu’il fait nuit, les rats sortent de partout, il y a beaucoup de gens complètement soûls, beaucoup de viols, beaucoup de malades du Sida. C’est un bidonville très dur, mais on ne le voit pas du tout à l’écran.

Hillbrow montre davantage ce que l’on ne veut pas voir, ce dont on ne veut pas parler. Un peu comme l’a fait Jia Zhang-ke avec son dernier film, Touch of Sin (2013), que j’aime énormément. Son écriture (inspirée de trois faits divers) et son montage sont extraordinaires. C’est un film d’action très dur, d’ailleurs censuré par le gouvernement, dans lequel Jia Zhang-ke montre radicalement ce qu’on ne veut pas voir. Ce geste-là, pour moi, c’est évidemment un geste très engagé.

(Propos recueillis à Paris par Tatiana Monassa, Enrico Camporesi et LU Jiejing, le 18 décembre 2014)

Texte: LU Jiejing

Sueñan los andoides (2015)

CAMIRA IN IBAFF 2015

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Ovejas eléctricas en un presente distópico

Los elementos que convierten a Sueñan los androides –nuevo largometraje de Ion de Sosa tras su ópera prima True Love (2011)– en una película fuera de norma son demasiado numerosos como para condensarlos en un texto de urgencia como este. El paso del tiempo indicará la verdadera importancia de este film, muy probablemente elevará su dimensión, aunque por lo pronto su representación de la realidad española se encuentra entre las más lúcidas y pertinentes de los últimos años.

Ion de Sosa se inspira libremente en la novela de Philip K. Dick, ¿Sueñan los androides con ovejas eléctricas?, para construir una distopía apremiante, lúdica y turbadora a partes iguales. La acción se sitúa en el Benidorm de 2052, territorio reflejado como un no-lugar, un espacio desolador plagado de edificios a medio construir, habitado por gentes que parecen estar de paso en ese limbo alienado. El director trabaja con una imagen del presente –esa localidad icono de lo vulgar que tantas veces se ve reducida a su condición de reducto de ancianos extranjeros en vacaciones permanentes– para fantasear con el ocaso del planeta Tierra. La elección del espacio supone un hallazgo absoluto: ¿qué mejor lugar para plasmar el apocalipsis que la ciudad levantina? Benidorm se sitúa como epicentro de una decadencia extensible a todo un país, a toda una civilización.

Por fases Sueñan los androides toma el disfraz de géneros populares como el  thriller y la ciencia ficción –además de estar plagada de agudas digresiones cómicas– pero ante todo es una obra profundamente política. El escepticismo hacia el futuro que transmite Ion de Sosa funciona como espejo del sentir de esa generación que nació inmediatamente después de la Transición española. Jóvenes que al aproximarse a la edad adulta comenzaron a detectar (y padecer) las fisuras de un periodo considerado como modélico por sus antecesores –como demuestra la magnífica El futuro, dirigida por Luis López Carrasco, uno de los productores de Sueñan los androides–. El film nos lleva hasta un país que, lejos de avanzar, se ha visto envuelto en una inconmensurable regresión: la peseta vuelve a ser la moneda oficial, se llevan coches propios de los ochenta, la música que suena en los pubs de mala muerte también ha quedado congelada en el tiempo. Como principal novedad, androides llegados de planetas lejanos se relacionan con los humanos, tienen sexo con ellos, se someten a sus adivinaciones y acaban por ser asesinados. El devenir continúa siendo un enigma. A ese respecto nada ha cambiado, ya sea en el 2014 o en el 2052. El individualismo se mantiene como principal estigma de la sociedad. Como remedio, Ion de Sosa incorpora imágenes de su familia y amigos, a modo de contrapunto emocional. Filmaciones caseras de celebraciones (lo que incluye el propio rodaje, porque para él y sus cómplices el hecho de filmar es una reafirmación vital, una actividad imprescindible) se entremezclan con el fino hilo narrativo que envuelve a una joven pareja con un bebé, su amigo androide y a otro alienígena dispuesto a acabar con la vida humana.

A menudo se critica la tendencia  de los cineastas jóvenes de revelar el artefacto fílmico, mostrar a los miembros del equipo, por destruir “la magia del cine”. En el caso de Ion de Sosa, la decisión de exhibir a sus padres y a sus compañeros no debe leerse como un gesto nostálgico o como una estrategia de frialdad metalingüística, sino como la necesidad de inmortalizar esas presencias. Es un gesto emocional, expresado con la máxima sencillez. Además de López Carrasco, en su comunidad creativa participan, entre otros, Chema García Ibarra –co-guionista del film y  realizador de un buen número de cortometrajes de una marcadísima impronta personal–  y como cercana fuente de inspiración, César Velasco Broca –otro realizador portador de una visión incomparable e inclasificable–. Si hay algo que convierte a Sueñan los androides en una obra vibrante y fascinante es el indeleble apego que muestra hacia  sus orígenes  y su  tradición (tanto a un nivel íntimo como cultural). Esa actitud queda patente en cada uno de sus 65 minutos, en cada uno de sus frágiles y estimulantes  planos rodados en 16 milímetros. Ion de Sosa demuestra que la única manera de ser un visionario es no perder la referencia de lo cotidiano.

Javier H. Estrada

IBAFF. Presente, Pasado y Futuro

CAMIRA IN IBAFF 2015

Si no hay diálogo y educación en cine, los festivales no tienen sentido, subrayaba Jesús de la Peña, director del Festival Internacional de Cine de Murcia, en su presentación de la sexta edición del IBAFF. En el encuentro “Diálogos: Cánones, Imposturas y Derivas Autorales”, acto celebrado durante el festival, y en el que participaron críticos, programadores y realizadores, Hans Hurch, director de la Viennale, afirmaba que un festival de cine que sólo se concentra en el cine actual no es interesante. En este sentido, el IBAFF apuesta abiertamente no sólo por el ahora, por el cine más contemporáneo, sino también por otras películas que forman parte de la historia del cine. Pues, en palabras del crítico Carlos Losilla, se trata de saber qué quiere decir el cine en el sentido de lo que aporta respecto a su propio pasado y también qué significa el cine en cuanto a qué aporta a la contemporaneidad[1].

Con una programación que combina el cine más inédito – ha habido varios estrenos internacionales; Alexfilm, de Pablo Chavarría, por ejemplo, en la Sección Oficial Largometraje – un cine contemporáneo estrenado en otras ciudades españolas – Cavalo Dinheiro, de Pedro Costa, por ejemplo, en la Sección Oficial Largometraje – con el cine más consolidado, el IBAFF, pues, demuestra su voluntad por construir, cuidar y volver a contar la historia (o relato) del cine. Porque, efectivamente, los festivales deben ser un espacio para exhibir y descubrir lo que se está haciendo ahora, pero caeríamos en un error si no ponemos a dialogar el presente con el pasado, y dejamos que también este último se reinvente y reinterprete.

Uno de los grandes aciertos del IBAFF es la mezcla, con sentido y coherencia, de películas realizadas a lo largo de distintos años, no siendo esclavos de una exclusividad que, en muchas ocasiones, cierra puertas y va en contra del propio festival. Y no hablo sólo de las secciones oficiales, que incorporan algunos largometrajes y cortometrajes ya premiados anteriormente en otros festivales españoles, como El Rostro, de Gustavo Fontán; Crónica de un comité, de Carolina Adriazola y José Luis Sepúlveda o La Pasión de Judas, de David Pantaleón. Sino también del conjunto de secciones paralelas, que refuerzan precisamente la idea de dialéctica. Concretamente, destacamos este año la sección Foco: Vanguardias del Caribe, así como Ciclo: Premio FIPRESCI.

Desde Leviathan (2012), la película de Lucien Castaing-Taylor y Véréna Paravel, hasta Tierra En Trance (1967), de Glauber Rocha, en el Ciclo: Premio FIPRESCI; desde Pareces Una Carreta De Esas Que No La Paran Ni Los Bueyes (2014), de Nelson Carlo de los Santos, hasta Memorias del Subdesarrollo (1968), de Tomás Gutiérrez Alea, en Foco: Vanguardias del Caribe, el festival ha apostado por seguir esa misma línea de diálogo y encuentro entre el pasado, el presente y el futuro.

Memorias del Subdesarrollo, por ejemplo, se proyectó como película premiada por FIPRESCI. Paralelamente, y también basada en una novela de Edmundo Desnoes, Foco: Vanguardias del Caribe programó Memorias del Desarrollo, (2010) del director cubano Miguel Coyula. La historia de Sergio, el intelectual que abandona Cuba en busca de una nueva vida, resultó ser una de las películas más potentes de la sección. Política, sueños, fantasías…. Plasmada en una vorágine de imágenes y collages, la película es una lección de montaje, un pastiche que acompaña al personaje en su camino hacia la soledad y la angustia.

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(top) Memorias del Subdesarrollo (1968); (bottom) Memorias del Desarrollo, (2010)

 La sexta edición del Festival Internacional de Cine de Murcia ha incidido así, también, en la importancia del papel de la crítica cinematográfica. Además de añadir el Premio Cinema And Moving Image Research Assembly (CAMIRA), este año el Premio Honorífico ha sido otorgado a Klaus Eder, el Secretario General de FIPRESCI. Presente en el espacio de “Diálogos: Cánones, Imposturas y Derivas Autorales”, Klaus recordó, precisamente, la importancia de la figura del crítico, aquellos quienes, junto con las filmotecas, son los únicos que conocen o, por lo menos, deberían conocer, la historia del cine. Sylvie Pierre, crítica cinematográfica y editora de Trafic, la revista fundada por Serge Daney, añadía: el mayor deber del crítico es estar atento a la dialéctica entre el creador y el pueblo al que se dirige.

Efectivamente, no podemos eludir la importancia del receptor. Muchas películas no encuentran su público y, en ocasiones, nos preguntamos, en palabras del propio Carlos Losilla ¿está el propio cine acabando consigo mismo, por la invisibilidad de los circuitos alternativos[2]? Es decir, ¿hablamos de distribución y difusión, o de una radicalización de un cine que no conecta con la gente? Sylvie afirmaba en los Diálogos que el cine debe ser hecho para ser visto. Jean Luc Godard, decía, contaba la anécdota de que el público no le interesaba. Venía de una experiencia con su película Bande à part (1964). Se estaba proyectando en una sala y sólo había doce espectadores. En vez de preocuparse por este hecho, Godard quiso conocerles uno por uno para saber por qué habían ido a ver su película. Una experiencia hermosa pero bastante fascista, subrayaba Sylvie. Esteve Riambau, director de la Filmoteca de Catalunya, citaba un ejemplo reciente de un artista visual a quien la Fimoteca ha programado en varias ocasiones. En una de ellas, el año pasado, el artista le comentó: a mi no me importa que en las salas solo haya tres espectadores.

Como sostiene Julio C. Moran, desde el punto de vista ontológico, la obra artística no es nada sin el intérprete-re­ceptor, no sólo en el sentido de que lo necesita para ser, sino fundamentalmente en que lo necesita para consistir en algo[3]. Sí importa que las películas se vean. Sí importa que haya gente en las salas. La cuestión es, ¿para quién? ¿quién las ve? ¿Propician algunos festivales una actitud endogámica? O, como cuestionaba Mariana Barassi, del equipo del Festival Márgenes, ¿vamos a acabar convirtiendo esto en una conversación que quedará entre nosotros, entre los programadores de este cine, críticos, etc.? Esteve Riambau profundizó en la cuestión:

Los festivales, instituciones, cinematecas, plataformas, etc. ¿están hechas para los autores, o los autores están hechos para las instituciones? ¿Para quién estamos programando? ¿Para quién estamos creando? ¿Cuál es el destinatario final? Es terrible que una película se haga solamente para el programador de un festival. La pregunta es, ¿hay vida después del festival? ¿Tiene alguna importancia el público en relación al objeto de la creación? ¿O simplemente nos contentamos con movernos dentro de este círculo tan cerrado? A mi el público sí que me importa. Me importa muchísimo. Como responsable de una institución pública, mi responsabilidad incluye que haya un retorno al ciudadano y que, ya que ha habido una apuesta cultural pública por una institución que programa cine, y en este sentido incluyo también a muchos de los festivales que participan de dinero público, yo creo que el público merece como mínimo un respeto. Si no es el objeto esencial de destino, que debería serlo, por lo menos necesita un respeto y se le debería incorporar como la primera cuña que provocara, en términos una fisura dentro de esta hermosa burbuja endogámica que corremos el riesgo de construir entre todos. ¿Y cómo hacemos para salir y romper esta burbuja?

Hans Hurch, director de la Viennale, recogió las palabras de Sylvie sobre la creación de la política de los autores para ahondar, también, en los conceptos de público y autoría. Por primera vez, señalaba, cuando Sylvie explicó la teoría de la política de los autores entendí algo. Entendí que no es una teoría sino un virus, y este virus afectó al cine. Todos nuestros problemas empezaron con esta teoría. Si sois cineastas sois víctimas de esta teoría. Godard dijo, “soy hermano de Charles Chaplin”, pero es ridículo. Hasta ahora creía en esta teoría, y Sylvie lo estaba explicando increíblemente, con tanta lógica, y yo pensé… aquí es donde se empezó a segregar el cine, a construir paredes. Un cine artificial que cree seguir estando conectado con la gente. Y creo que es una idea extraña, hay grandes cineastas que no son autores, gente como Rocha, no estaba interesado en esto… Jean Marie Straub, odiaría que le llamaran autor… Una vez, Straub dijo que sueña con el público… Creo que ésta es la forma en la que el cineasta debería enfrentarse. Buscar su público, no ignorarlo. Debería soñar con el público.

03Fotograma de Tierra en trance (1967), Glauber Rocha, dentro del Ciclo: Premio FIPRESCI

Un festival que propicia la discusión demuestra ser un festival consecuente y comprometido con la realidad cinematográfica. En este sentido, el IBAFF logra involucrarse cada vez más en Murcia, no sólo en sus pantallas, sino también en su gente, como público y como trabajadores. El día que proyectaban en la Filmoteca From what is before (2014), la película de cinco horas y media de Lav Díaz, una señora, en la puerta, me preguntó si la película estaba bien. Me dijo que la recomendaba el periódico de Murcia, y que entraría a ver hoy dos horas y media y, en la siguiente sesión (unos días después), el resto, porque no podía quedarse a verla entera.  Esa es la responsabilidad de la que hablaba Esteve Riambau en los Diálogos. El público debe ser el objeto esencial de destino.

Todas estas cuestiones, reflexiones, críticas, nacen de las películas. De ese laboratoire, en palabras de Hans Hurch, que son los festivales, espacios no sólo para ver, sino también para volver a ver y reflexionar. El IBAFF combina con valentía en su sexta edición cine, diálogo y educación.

 Clara Martínez Malagelada

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[1] Carlos Losilla, presentación de “La Furia Umana”, Casa de la paraula, Barcelona, 2014

[2] http://www.elnortedecastilla.es/v/20110817/cultura/historia-cine-esta-acabando-20110817.html

[3] La transformación del receptor y la ontología de la obra artística, Julio C. Moran

Festival Internacional de Cine de Murcia (IBAFF)

CAMIRA IN IBAFF 2015

Parcourir un espace, renverser le réel

Nous appellerons objection visuelle les modes d’actualisation pratique et plastique d’un travail critique au cinéma [1]

Nicole Brenez

Liminaires de présentation

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En remettant le prix du meilleur film au portugais Pedro Costa, et son film Cavalo Dinheiro (2014), le jury de la compétition officielle a fait le choix d’une grande exigence, qui relève aussi sa part d’évidence que peu d’entre nous iront contester. Le film est immense, tant par la façon dont Costa développe et creuse un sujet aux ramifications complexes – qu’est-ce qu’être un colonisé dans le Portugal d’aujourd’hui ? –, que par la maîtrise plastique qui côtoie une réflexivité intense et saisissante. Un prix qui expose et cristallise, en un possible geste récapitulatif, les thèmes abordés dans cette compétition. Je reviendrai sur le film de Costa, lequel trouvera place dans le retour critique que je mets en place ici : tenter de tracer une cartographie du festival, et des films que j’ai eu l’occasion de voir en tant que jury Camira. C’est après une longue réflexion, que nous avons décidé mes collègues (Clara Martinez Malagelada et Javier H. Estrada) et moi-même, de récompenser le film Sueñan los Androides (2014) de l’espagnol Ion de Sosa. Sa relecture singulière et formellement passionnante du livre de Philip K. Dick, Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1968), nous a subjugué. Un talent prometteur, qui montre un incontestable sens de la composition dans sa façon d’utiliser plusieurs régimes d’images. Là aussi, un arrêt plus complet sur le film se montre nécessaire pour le lecteur, qui, j’en suis certain, désir en savoir davantage.

La sixième édition du Festival International du film de Murcie (IBAFF), s’est donc déroulée du 3 au 8 mars 2015, avec, au-delà des compétitions officielles, une profusion de séances parallèles découpées comme autant de focus. Je ne peux que féliciter les choix du directeur Jesús de La Peña, ainsi que les programmateurs Tanya Valette et Eloy Enciso, d’avoir élaboré un si beau programme de films aussi précieux. Outre la compétition officielle « Feature Film », à laquelle était reliée le prix Camira, il y avait un programme de premiers films en sélection officielle. Certains, tels Ela Volta na Quinta (2014) du brésilien Andre Novais Oliveira – scruter la lente décomposition d’un couple au plus près de l’intime (ses parents) – ou África 815 (2014) de l’argentine Pilar Monsell – reconstruction d’une mémoire, celle d’un homme marqué par un voyage militaire dans le Sahara espagnol (son père) –, ont déjà été présentés dans d’autres festivals pour leurs qualités formelles, et l’originalité poétique de leurs sujets. Il faisait néanmoins plaisir de les voir à nouveau dans le programme du festival. La compétition officielle comprenait également une sélection de courts-métrages à laquelle je n’ai pas assisté faute de temps. Tout comme j’aurai souhaité revoir sur grand écran, le chapitre final donné par Jonas Mekas à son film-journal, Out-Takes from the life of a Happy Man (2012), bouquet de lumières et de couleurs inscrit dans une nuit argentique dont le repos semble définitif. Mais ma plus grande frustration, reste l’impossibilité d’avoir pu assister aux projections du focus « Caribbean Avant-Garde », organisé autour d’une temporalité lâche et recouvrant plusieurs pays (Cuba, République Dominicaine, Porto Rico). Un regard à la fois rétrospectif et contemporain, sur l’état d’une production fragile et à la diffusion marginale. Avec comme point de départ possible, le film désormais historique et doublement critique, Memorias del Subdesarrollo (1968) du réalisateur cubain Tomás Gutiérrez Alea. Un regard sans concession d’une société où tout est à construire, mais où le héros reste passif, bourgeois extérieur aux évènements, tel un flâneur désabusé mais lucide qui se refuse à toute décision collective. À l’heure où Cuba s’expose à une ouverture mesurée sur l’extérieur, la présence de ce film demeure indispensable, et laisse en suspend une question d’actualité : qu’est-ce qu’assumer le réel dans ce qu’il a de plus concret (la chronologie d’événements marquant une rupture) tout autant qu’abstrait (l’indécision, la contradiction) ? Autant d’éléments qui échappent au protagoniste, devant la difficulté de se construire un nouveau modèle, qui s’impose pourtant à lui de manière implicite.

Éloge de la lenteur

La compétition officielle « Feature Film » était composée de douze longs-métrages, dont nous pouvons faire ressortir quelques éléments d’appartenance (géographique, stylistique et thématique), permettant de souligner, encore une fois, la cohérence de l’ensemble. Il peut sembler vain de mettre en avant cet argument, mais je n’avais pas assisté à une aussi belle programmation depuis fort longtemps. Une majorité de films espagnols (au nombre de cinq), dont l’autre moitié est partagée entre monde lusophone (le Portugal avec deux films), Amérique Latine (Mexique, Uruguay et Argentine), France, Philippines et Russie (un film chacun). Une représentation du monde qui couvre plusieurs champs géographiques – qu’on préféra au mot continent, davantage connoté –, cherchant dans les images, de nouveaux espaces et autres temporalités à explorer. Outre cette ouverture sur le monde, qui marque le festival comme défricheurs de talents aux origines disparates, il y a ce souci constant d’originalité pour des films qui échappent aux discours normatifs ou aux représentations formellement encadrées : déconstruire la narration classique, recourir à des cadrages imprévisibles, chercher la forme poétique dans l’expression d’un ensemble ou d’un élément particulier.

Premier élément saisissant, la durée de certains films qui excèdent – et de loin – la durée moyenne d’un film en salle. Une prise sur des temps longs et étendus, mais dont les finalités esthétiques n’on pas les mêmes buts. Je pense aux films de Lav Díaz (Mula Sa Kung Ano Ang Noon, 2014) et de Aleksei German (Trydno Byt Bogom, 2013). D’une longueur de 338 minutes, soit plus de cinq heures de film, Mula Sa Kung Ano Ang Noon, nous emmène dans le quotidien d’une communauté habitant l’archipel des Philippines, quelques mois avant la proclamation du pays sous le joug de loi martiale. Le film est le témoignage vertigineux d’une civilisation vouée à disparaître, devant les assauts pernicieux d’un nouveau pouvoir en place. Un désir d’incarnation – des personnages, de l’histoire – qui s’affirme dans une lenteur contemplative assumée, afin de rendre compte d’un rapport au monde différent, celui d’un autre âge pourtant si peu éloigné de nous (les événements se passent dans les années 60). Quand dans Trydno Byt Bogom, le réalisateur dépeint pendant trois heures un Moyen-Âge apocalyptique, où tout n’est que chaos, ignominie et déraison généralisée. L’accumulation de scènes à la barbarie assumée, jusque dans sa cruauté la plus infâme, expose au-delà de la violence associée au monde médiéval, un double rapport au temps : d’un côté, la lenteur éprouvée de gestes et de situations répétées qui confinent à l’absurde. De l’autre, des assauts d’images rythmiques et virevoltantes, dont l’intensité est permise par une composition plastique originale (deux photogrammes collés ensemble recomposent un espace faussement homogène).

02Mula Sa Kung Ano Ang Noon, Lav Díaz

Mais revenons au film de Lav Díaz, lequel mérite attention et respect, devant la force émotionnelle et mystérieuse qu’il dégage. De plans d’explorations qui s’étirent à l’infini, un espace fantomatique de terres humides entourées par des montagnes aux confins de l’océan. Une entrée en matière où la connaissance passe moins par les mots – absents et sourds durant la première heure –, que par des gestes précis tout autant qu’insaisissables. De fait, nous mettons du temps à rentrer en contact avec ces êtres d’un autre temps, lesquels font face à des événements inexpliqués, qu’ils ramènent aux esprits. Des maisons en feu, des animaux morts, un homme en sang, sont autant de mystères bientôt rattrapés par les événements historiques en présence : la loi martiale et sa cohorte de militaires encerclant ce village qui n’en demandait pas tant. Employé plus haut, le motif de l’incarnation, est sans conteste ce qui peut caractériser au mieux le film dans sa progression ; moins au sens d’une apparition divine, que celui d’une manifestation concrète dans une réalité abstraite. En témoigne le rôle accordé à la nature (la pluie et le vent), où des personnages finissent par émerger de leur quotidien existentiel. Le contraste chromatique peu élevé des teintes qui tendent vers le sépia – d’autant plus difficile à obtenir en vidéo HD –, renforce le climat vaporeux de l’ensemble. Cette immersion lente et progressive dans l’image, est traversée par la distanciation juste aux évènements, qui se tissent et se nouent à l’écran. La longueur de plans au cadrage très photographique – l’effet polaroïd des embrasures de portes –, renforce cette dimension intemporelle, prise dans des phénomènes d’arrêt du mouvement. Si certaines images peuvent gêner, telles les accents de folie de cette jeune fille malade, Lav Díaz se garde bien de tout voyeurisme ou jugement moral. Ce personnage n’est que la métaphore visible de l’horreur quotidienne – la fin d’un monde en soi –, jusque dans son ambigüité manifeste (la séquence paradoxalement apaisante du viol). En passant d’un regard anthropologique par la présence mystique de rituels extatiques, à une réalité historiquement plus ancrée, le réalisateur fait épouser au film, le rythme d’une oraison funèbre aux incarnations multiples. Cette mise en lumière de secrets trop longtemps gardés, a été justement récompensée au dernier Festival du Film de Locarno.

03Trydno Byt Bogom, Aleksei German

Très différente est la vision du monde que développe Aleksei German dans son dernier film – il est décédé en 2013 – Trydno Byt Bogom (Il est difficile d’être un dieu). Cinéaste profondément révolté contre la dictature et constamment exposé à la censure, celui qui n’aura réalisé que six films en cinquante ans, n’en est pas moins un artiste qui donne de la Russie un regard à la morale intransigeante et à l’esthétique flamboyante. Dans ce film hallucinant, halluciné et monstrueux, des scientifiques terriens, infiltrent sur une planète lointaine restée au Moyen-Âge (Arkanar), l’élite d’une société féodale érigée au rang de dieu. Libre adaptation d’un roman célèbre d’Arcadi et Boris Strougatski – au titre éponyme –, le film décrit un monde où les premiers signes de la Renaissance ont été écrasés par l’armée des gris. Dans ce monde dépravé, poisseux et innommable où tout n’est que boue, crasse, sang et autres viscères, on voit bien où Aleksei German veut en venir. Artiste maudit pendant une grande partie de sa carrière, ayant connu la censure soviétique pour ses films La Vérification (1971), Vingt jours sans guerre (1976) et Mon Ami Yvan Lapchine (1984), le cinéaste retrouve au terme de cette ultime réflexion sur les rapports de pouvoir, une liberté qui lui permet de mettre en représentation tous les excès possibles. Durant trois heures, le spectateur à l’impression de rentrer dans des tableaux vivants tirés de l’ichnographie apocalyptique d’un Jérôme Bosch ou d’un Pieter Huys. Reste que ce spectacle saisissant, et à l’esthétique flamboyante, demeure quelque peu répétitif sur la longueur. Je ne suis sans doute pas des plus sensible à cet univers, lequel reste néanmoins impressionnant, dans la réflexion d’anticipation qui sous-entend à son sujet : proposer un Moyen-Âge qui n’a rien d’historique.

En 1982, Ridley Scott réalise Blade Runner, film de science-fiction à l’esthétique prophétique de ces villes humides toute en verticalité, qui voyait le détective Deckard « Blade Runner » (Harison Ford), à la recherche de répliquants dans un Los Angeles artificiel et asphyxiant. Grand film qui rejouait selon plusieurs principes formels (photographie, zoom, écran dans l’écran), la métaphore de l’œil comme objet et sujet de la vison. Néanmoins, le réalisateur s’intéressait davantage à la dimension fantastique de son récit : à la manière d’un film noir futuriste, Deckard est un anti-héros qui, par son enquête, effectue une quête des identités qui le révèle également à lui-même.

04Sueñan Los Androides, Ion de Sosa

En 2014, Ion de Sosa, jeune réalisateur espagnol, propose avec Sueñan Los Androides (2014) une nouvelle lecture du livre de Philip K. Dick, trente-deux ans après celle de Ridley Scott. Aussi libre que pouvait être le film Blade Runner par rapport au livre original, Ion de Sosa semble suivre un chemin similaire : à la fois plus proche dans l’esprit, tout en proposant un complexe parcours d’images, épousant les chemins d’une narration elliptique et expérimentale. En d’autres termes, si le film garde des repères pour ceux qui en connaissent le livre, il est d’autant plus surprenant pour ceux qui n’en connaissent rien. Autre éloge de la lenteur que ces plans à la fixité impénétrable, dans lesquels un homme tue des personnes sans raisons apparentes, un peu à la manière d’Alan Clarke dans Elephant (1989). De manière plus précise, le film est construit sur deux niveaux temporels discontinus, que le montage recompose dans un même ensemble : le trajet de cet homme à la recherche de répliquants, est articulé à des images de « homes movies » d’un autre temps. Film de science-fiction, Sueñan Los Androides, entretient néanmoins un rapport au réel ténu et quotidien. La ville de Benidorm y est filmée comme l’enclave fascinante, d’un non-lieu pourtant bien réel. Un monde post-nucléaire, dont il ne resterait que des résidus épars : rues vides, buildings inachevés, silence pesant. Reste ces images de ciels bleus, promesses d’un ailleurs encore possible. Cette atmosphère futuriste à partir d’éléments naturels, pose plusieurs questionnements : en quoi les souvenirs filmés de ces humains sont-ils moins authentiques que les images dans les cerveaux des androïdes ? Le rapport à l’authenticité est constamment posé dans le film (les images, les humains), et l’on reste envoûté par ces présences animales, où les moutons s’inscrivent comme un dernier refuge au réel. Un grand film métaphysique sur l’observation des souvenirs dans les images.

Poétique des images et geste critique

Autre univers tout aussi singulier, que celui de Jean-Charles Hue et son film Mange tes morts (2014). A 18 ans, Jason appartient à une communauté de gens du voyage. Il se prépare non sans questionnements à son baptême, quand le retour de Fred, son demi-frère, après plusieurs années en prison bouleverse son quotidien. Mickael, son frère imprévisible, les entraîne dans une spirale de violence à travers les terrains vagues de l’Oise : no man’s land fascinant que le réalisateur filme avec la violence brute mais poétique, d’un western en désuétude. La virée nocturne des trois frères, devient la métaphore d’un rituel initiatique pour le jeune Jason, qui, juste avant son baptême chrétien, vit de l’intérieur cette expédition dans le monde des « gadje » (les nons-gitans). De l’arrêt dans un fast-food miteux – l’émoi d’une rencontre féminine –, en passant par le vol dérisoire de cuivre, et jusque dans la confrontation avec les forces de l’ordre, ce film irradie par sa puissance visuelle faite de lumières là où il aurait été facile de tomber dans une noirceur généralisée. Ici, la lumière vit de milles feux, aveuglante ou feutrée, elle résonne comme une promesse de rédemption, dans un voyage partagée entre enfer et paradis : lumière naturelle des paysages, contre-jours, phares de voitures. Une poétique des instants perdus et retrouvés, résonne de façon continue dans ce film à la photographie crépusculaire. Cinéaste plasticien, Jean-Charles Hue est décidément un talent à suivre ou, après La BM du Seigneur (2011), il continue d’explorer l’univers singulier des communautés Yéniches.

05Cavalo Dinheiro, Pedro Costa

Et soudainement, le fado s’est mis en marche. Derrière les portraits photographiques des ces hommes de l’oubli, le cinéaste fixe par l’image une trace, une présence où s’entremêle passé, présent et futur. Le regard vide mais pénétrant de ces êtres qui nous regardent, comme s’ils n’étaient déjà plus là, hante durablement notre position de spectateur. Destin tragique et banal de ceux qui vivent dans l’indifférence de tous. Puis la musique s’arrête. Et le son de voix hors-champ, reprend le chemin d’un étrange théâtre d’ombres et de lumières, qui résonne de manière d’autant plus forte que la salle vit un rapport au silence lourd et hypnotique. Ces réfugiés clandestins oubliés des livres d’histoire et des registres officiels, Pedro Costa leur donne un espace de paroles, de sensations, d’échos réels ou imaginaires, dans les rues de Fonthainas à Lisbonne. Après Ossos (1997), Dans la chambre de Vanda (2000), et En Avant, Jeunesse ! (2006), le réalisateur poursuit dans Cavalo Dinheiro (2014), l’exhumation crépusculaire de son quartier privilégié, où l’on retrouve les esprits déchus de la révolution Cap-Verdienne. Insaisissable et dense, autant de qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour évoquer ce film. En redonnant une place centrale à Ventura, maçon au civil devenu le spectre intemporel de ses films, Costa transforme un sanatorium futuriste en un lieu étrange où des personnages fascinants se racontent dans une abstraction narrative dense, redoublée par des images floues et de puissants clairs-obscurs sur les corps. Ventura irradie de sa puissance charnelle, dans un film qui travaille des niveaux intertextuels complexes, renvoyant tout autant à l’Histoire non officielle du Portugal, qu’aux autres films du cinéaste. Une séquence forte, celle de l’ascenseur, où la figure du prolétaire trouve articulation avec celle du colonisé. Comme une façon nouvelle d’actualiser les rapports de colonialité dans la société portugaise d’aujourd’hui, un film au dissensus incontestable mais nécessaire.

Chemins de traverse

Dans cette compétition, d’autres chemins à parcourir et de territoires à explorer (Jauja, Lisandro Alonso, 2014), de possibles à inventer dans l’espace du quotidien (Alexfilm, Pablo Chavarria, 2015), de rituels à assumer face à la mort d’un proche (El Lugar del Hijo, Manuel Nieto, 2013) ou encore de vies marginales à pénétrer (Branco Sai, Preto Fica, Adirley Queiros, 2014). Le Festival International du film de Murcie, nous a offert une proposition de films où l’esprit critique – au sens des esprits « négateurs de vie » développés par Nietzsche –a su être porté par un vitalisme tour à tour solaire et sombre, et où s’est imposé de façon constante, un goût prononcé et sûr pour des univers bariolés, singuliers et étonnants. On a d’autant plus hâte de suivre les futures aventures de ce festival, et de revenir l’an prochain à Murcie, pour d’autres explorations critiques.

Benjamin Léon

[1] Nicole Brenez (codirection Bidhan Jacobs), Le cinéma critique, de l’argentique au numérique, voies et formes de l’objection visuelle, Paris, Ed. de la Sorbonne, 2010, p. 5.

Photographie de Pedro Costa by Clara Martinez Malagelada.

Fronteira 2015: submit your work

The International Documentary & Experimental Film Festival opens submissions to its International Competitive Exhibitons tomorrow, wednesday (25/2). Until april 8th, producers and film-makers can submit documentaries, experimental and hybrid films, feature or short, made after january 2014. Each one will be able to submit as many works as they will, as long as the piece attends the rules. More information below or on the press release attached.

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Submissions to the International Competitive Short and Feature Film Exhibitions will open next Wednesday (25) and close on April 8. All submissions shall be entered exclusively on the website www.fronteirafestival.com

Films may be from anywhere in the world and must have been made after January 2014. Work-in-progress versions of the films (which are still being worked on) will also be accepted.


Curatorship is under responsibility of Rafael Parrode, Ewerton Belico, and Toni D’Angela.

 

 

Crónica de un comité: Película ganadora del premio CAMIRA en el IV Festival Márgenes

CAMIRA in MARGENES 2014

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Hacer cine hoy implica dinámicas y actores (realizadores) muy diversos, gracias al abaratamiento tecnológico que nos permite ver películas producidas desde diferentes contextos sociales. Indígenas, comunidades afro, minorías, estudiantes, trabajadores, y muchos más actores que antes no podían expresarse a sí mismos a través de la cámara, hoy pueden hacerlo. Muchos de ellos se valen de la situación para hacer principalmente cine de denuncia. En Colombia, por ejemplo, los indígenas del Tejido de Comunicaciones NASA ACIN denuncian a las multinacionales mineras y los actores armados que quieren sacarlos de sus tierras; o los estudiantes y maestros, en muchos lugares de Latinoamérica, que protestan a través del cine por la privatización de la educación. En ese sentido el cine hoy nos adentra a nuevos mundos de formas diversas por quien toma la cámara para convertirla, en muchos casos, en un arma de lucha, como la película que nos compete aquí, la ganadora del premio CAMIRA, en el cuarto Festival Márgenes, de España. Crónica de un comité juega con el cine de denuncia, pero va más allá, y en su inserción, en su uso de la tecnología del video en manos de una comunidad golpeada por el poder estatal, termina por enseñarnos un rostro amplio y renovador de este tipo de cine.

Crónica de un Comité, es un film que inicia sin más deseo que el de dejar por sentado lo que ocurre en una comunidad de un barrio popular de Chile, en la que tras una protesta un policía asesina a un muchacho de diecisiete años. La cámara pasa por varias manos de este comité, conformado por la familia del joven y líderes comunitarios del barrio, quienes no sólo registran sus actos por la búsqueda de una justicia – el policía que quedó en libertad luego de sólo un mes en prisión -, sino que también registran sus conversaciones, momentos familiares que están impregnados de la tristeza que ha dejado la muerte del hijo y hermano, y la intervención mediática, estatal y religiosa vista en la visita a medios de comunicación, el trato con los políticos y la relación constante con la iglesia y grupos de evangelización. Es con ello, con ese grabar y grabar, con esa pulsación que mueve el cine amateur que en este caso busca no callar, deseando llevar un registro complejo de sus vidas tras la muerte de Manuel Gutiérrez, que Crónica de un comité va mucho más allá de un film de denuncia, poniéndonos ante un retrato de una sociedad y héroe visto en diversas dimensiones.

Una película hecha con una gran pasión que se transforma en el tiempo, unos personajes que empiezan a ver en la cámara un confidente, abriéndonos puertas para comprender que este mundo no está conformado de buenos o malos, víctimas y victimarios, sino que la sociedad es mucho más compleja debido a que cada uno de sus actores, de sus personajes, son sujetos que se transforman y que están intermediados por distintos factores. La evangelización en Latinoamérica es uno de esos factores importantes en este film, donde sus personajes nos ponen ante el inmenso debate de si la justicia divina puede acallar a la justicia social. O lo que ocurre con Gerson, el hermano del joven asesinado, quien en su aparición mediática y el aval de la masiva movilización social chilena, nos dirá que sus amigos en Facebook se triplicaron, o que sólo tras la muerte de su hermano es que le han dado una beca en la universidad.

Margenes2 Todo ese registro complejo, extendido en el espacio y el tiempo de sus personajes, culmina en un excelente trabajo de montaje que logran sus directores: Carolina Adriazola y Jose Luis Sepúlveda, quienes vienen de un interesante contexto cinematográfico de creación y difusión como lo son la Escuela Popular de Cine de Chile y el Festival Social y Antisocial del mismo país, organizaciones que se fundan en crear y difundir un cine hecho en los márgenes políticos, y alejado de un cine academicista, industrializado y/o comercial, y con ello libre de las múltiples complicaciones que ello puede acarrea como los inconvenientes técnicos, la necesidad de grandes presupuestos, modelos laborales de forma piramidal y los circuitos de difusión que dependen de lo económico.

Así es como CAMIRA, al dar hoy un premio de la crítica independiente a una película como Crónica de un comité, propone señalar que el cine hoy puede ser hecho de formas innovadoras desde todas sus aristas y con ello llegar a visiones renovadoras de nuestra sociedad. Un cine vivo y sugestivamente independiente.

Luisa González

 

Ocho nombres aparecen en el apartado “Cámara” de los títulos de crédito de Crónica de un comité. No nos sorprende, a lo largo de la película la cámara va de mano en mano, como quien dice, en busca de una mirada plural. Una multiplicidad de miradas que no construye estereotipos ni niega contradicciones. Todo lo contrario. José Luis Sepúlveda y Carolina Adriazola logran de Crónica de un Comité un retrato sincero, fresco y abierto. Se acercan a la realidad conservando su paradoja, evitando caer en un lenguaje más museístico que rompería la vivacidad, la fluidez. Las dudas, el desorden, los conflictos internos… los personajes desnudan sus pensamientos y encuentran su libertad delante de la cámara-espectador.

De hecho, la cámara les corresponde con la misma honestidad y se mantiene pegada a los protagonistas, principalmente a la altura de Gerson (recordemos que Gerson va en silla de ruedas). Pendiente de sus miradas, reacciones y dificultades, le acompaña en su lucha y, como paradoja, por momentos lo externo se hace invisible. La cámara a penas nos deja ver aquello contra lo que lucha la familia de Gerson: la masa agarrada a Manuel como bandera política.

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A pesar de su inmediatez, Crónica de un comité no es una película descuidada. De hecho, en ese aparente descuido de la forma también encontramos una estética, una estética de la fuerza, del aquí y el ahora. La urgencia informativa encuentra su equilibrio en una forma que se adapta a cada situación: Selfies de Gerson con su cámara de video, entrevistas apresuradas, otras con puesta en escena, material televisivo, grabaciones en exteriores e interiores, entre otras. El cruce de registros que se produce es precisamente una de las grandes virtudes de Crónica de un comité.

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Precisamente, en la película queda reflejado el manejo de la crónica como género capaz de establecer un cruce de discursos entre realidad y ficción. Pensemos, por ejemplo, en la secuencia de la entrevista televisiva de Gerson. Las mismas imágenes grabadas in situ nos llegan de distinta forma según las vemos a través de la cámara de José Luis Sepúlveda y Carolina Adriazola, o en la pantalla de televisión, a través de los ojos de la familia de Gerson. La identidad, el espacio, se fracturan, y nos sumergimos en un discurso artificial, fragmentado, en el que ficción y documental, de nuevo, entran en tensión. En este sentido, Crónica de un comité es también un juego de piezas fragmentadas, un montón de imágenes que invitan al espectador a darles sentido en el montaje, en su confrontación, en su devenir.

Tanto los personajes observados como lo observadores se mezclan para contar los acontecimientos. Nosotros, como testigos, les sentimos desde la interioridad ajena.

Clara Martínez Malagelada

Al encuentro de lo invisible

CAMIRA in MARGENES 2014

Fue el último en llegar pero el que dio la pista definitiva. Joaquim Pinto, a quien el Festival Márgenes dedicó una muestra formada por las películas más recientes que ha codirigido con Nuno Leonel, explicó en su master class la desconfianza que siente hacia los sistemas cerrados. Según Pinto, las teorías que intentan explicar un todo, incluido el cine y el milagro de la imagen, no son de fiar. Afín a esta clase de escepticismo, el objetivo de esta crónica será presentar las películas que han integrado la cuarta edición del Festival Márgenes como sistemas conscientemente abiertos, interrelacionados entre sí, capaces de escuchar lo que está ocurriendo fuera y dispuestos también  a auscultar lo que nos pasa por dentro. No existe este año un gran paraguas (temático o estético) bajo el que aglutinar todas y cada una de las doce películas que integran la Sección Oficial, pero curiosamente esta variedad de propuestas y tonos (también de género: seis directoras; y de nacionalidades: cinco) alcanza una armonía satisfactoria cuya raíz podría ser el deseo sincero por descubrirnos algo o a alguien que antes permanecía invisible. Teniendo en cuenta la pretensión del Festival por dar cabida a otros cines de difícil acceso, sin duda este es el mejor hilo conductor que podríamos haber encontrado.

1 - el gran vuelo - africa 815

Comencemos por estas dos fotografías, puerta de entrada hacia el ayer. Tanto El gran vuelo (Carolina Astudillo, 2014) como África 815 (Pilar Monsell, 2014) estructuran su propuesta en torno a varias instantáneas de sus respectivos protagonistas. Dada la imposibilidad de acceder al testimonio de Clara Pueyo -militante del Partido Comunista que desapareció en 1943- Astudillo opta por reconstruir su historia, llena de interrogantes, a través de imágenes de archivo, la mayoría de ellas pertenecientes a películas familiares de la posguerra española. En un bello proceso de montaje, cada silueta anónima acoge la identidad de Clara, que termina habitando todos estos cuerpos femeninos y cuyas cartas ponen en jaque la idealización que se ha hecho del papel que jugó la mujer durante la Segunda República y la Guerra Civil española. Por su parte, en África 815 -Mención Especial del Jurado- Monsell hace hincapié en lo que las fotografías (y la historia oficial) esconden al dorso. Envuelta en una intimidad crepuscular y llena de calma, la película consigue afrontar la homosexualidad de un padre desde la comprensión, lejos de los reproches, y también encarar un recuerdo incómodo como es el pasado colonial de España, demasiado poco transitado por el cine nacional. Otra película distinguida por el palmarés es Carmita (2013), la historia de una actriz de origen cubano que se vio obligada a abandonar la interpretación por deseo de su marido. La arrolladora personalidad de esta mujer (persona o personaje -en esa dualidad radica la esencia del filme-), sostiene por sí sola un documental en el que la dirección bicéfala de los mejicanos Israel Cárdenas y Laura Amelia Guzmán participa inteligentemente de los acontecimientos.

El puente que podría unir estos relatos tan particulares con otros más cercanos a lo abstracto y a la ficción -aunque no abandonen la huella documental- sería Las altas presiones (2014), segundo largometraje de Ángel Santos Touza, en el que destaca la correspondencia sentimental entre el estado de ánimo del protagonista y el paisaje que le rodea, reflejo de otra crisis extensible a todo un país.  Al igual que ocurre en esta película, el punto de partida de El rostro (2013) también es un regreso. Volver siempre significa reencontrarse, ya sea con un entorno -el bosque, el hogar-, unos objetos, o unos fantasmas. Enmarcada en su ciclo sobre el río, el nuevo proyecto de Gustavo Fontán -ganadora del Premio a la Mejor Película- dibuja con las texturas del súper 8 y el 16mm una ambigüedad donde lo real convive con lo abstracto y el tiempo parece ramificarse buscando la sincronía entre imagen y sonido. También la portuguesa Lacrau (João Vladimiro, 2013) realiza un viaje hacia la naturaleza, dejando atrás los paisajes urbanos para iniciar una introspección silenciosa en la que, si se despista, el espectador podría quedarse a medio camino. Algo similar, pero a la inversa, ocurre con Todas las cosas que no están (2014). La road movie que propone Teresa Solar se ahoga por momentos en la palabra del narrador, aunque las imágenes de su recorrido por el territorio norteamericano quieran respirar por sí mismas.

2- las altas presiones - los ausentes

La culminación de estos desplazamientos en los que el interior se vuelca hacia el paisaje (o el paisaje se mete en nosotros) es la hermosa Los ausentes (2014). Ya desde el primer plano, la nueva cinta de Nicolás Pereda –Mención Especial del Jurado- se presenta como una película en la que el cine transforma el mero hecho de observar en algo activo y revelador. Dejamos de mirar para estar y sentir (el azul del agua, la banda sonora de la selva…) y su argumento, mínimo y hasta contingente, nos concede la libertad de disfrutar la sabrosa lentitud con la que en algunos lugares parece pasar el tiempo.

Junto a estos títulos más sensoriales, el Festival también acoge otro grupo de películas que afrontan la realidad social para dar muestra de su complejidad, sin dejarse caer afortunadamente en interpretaciones simplistas. Vida activa (Susana Nobre, 2013), película compuesta por testimonios en los que una decena de portugueses resumen su experiencia laboral, nos invita a pensar hasta qué punto somos y valemos lo que trabajamos. Cartas desde Parliament Square (Carlos Serrano Azcona, 2014) también parte del dispositivo de la entrevista para dar voz a Barbara Tucker, una militante que lleva acampada frente al Parlamento británico más de siete años. Por su parte, José Luis Sepúlveda y Carolina Adriazola logran tener acceso a las entrañas de toda una movilización en la vibrante Crónica de un comité. Este documental, ganador del Premio CAMIRA, nos ofrece una visión descarnada y nada complaciente sobre la militancia con el fin de desmontar (también desde lo estético) ese romanticismo tramposo que gobierna frecuentemente la representación de las luchas sociales. Las presiones -internas y externas- van agrietando la unión de la familia protagonista, haciendo que la causa se desmorone ante nuestros ojos y la culpabilidad de los participantes. Ya por último, Propaganda -que formaría un interesante díptico chileno sobre la trastienda política junto a Crónica de un comité-, sigue de cerca la campaña presidencial celebrada en Chile en 2013. Gracias a la colaboración de dieciséis realizadores pertenecientes al colectivo MAFI (Mapa fílmico de un país), la cámara de Propaganda se vuelve omnipresente y, aun con ese don, prefiere alejarse:

3- propaganda

Podría haberse colocado junto a esa multitud de periodistas que revolotean alrededor de la candidata de rojo. En cambio, el cineasta decide dar un paso atrás. Pierde el foco mediático pero gana clarividencia. Desde este lugar, donde nadie más se encuentra, se hace visible el salvaje y ridículo engranaje que pone en funcionamiento unas elecciones. Es tan solo un paso atrás (sea físico o en el tiempo, sea formal o hacia la intimidad) pero nos conduce a un nuevo punto de vista, a ese lugar tras la puerta que revela aquello que el ruido había eclipsado.

¿Acaso este simple pero aguerrido gesto no representa a la perfección lo que significa realmente filmar desde los márgenes?

 

Andrea Morán

Habitar a fronteira: liberdade e indeterminação no 1º Fronteira – Festival Internacional do Filme Documentário e Experimental

[Text previously published, in english, in Senses of Cinema, n. 73.]

CAMIRA in FRONTEIRA 2014

Criar um festival internacional dedicado ao cinema documentário e experimental em Goiânia é como abrir uma picada na mata virgem e fincar uma estaca. Situada em pleno Planalto Central brasileiro, longe dos grandes polos de produção de filmes, Goiânia é a capital de um estado cuja tradição cinematográfica é praticamente desconhecida no resto do país. Nesse sentido, empreender uma iniciativa como o 1º Fronteira – Festival Internacional do Filme Documentário e Experimental nesse lugar é inventar um território novo e prenhe de futuro em meio a um descampado quase vazio. A diferença, no entanto, reside na qualidade desse novo território: aqui, a fronteira não significa limite, divisão, barreira de segurança frente ao que é estrangeiro, mas um espaço eminentemente limítrofe, poroso, ponto de contato ou de intercessão que se abre à multiplicidade e ao encontro entre o dentro e o fora.

Entre 30 de agosto e 7 de setembro, a primeira edição do Fronteira se converteu em um espaço-tempo singular, no qual os espectadores puderam experimentar intensamente um novo habitat, desafiador e fascinante. Eu estive lá como jurado da Competitiva Internacional e pude observar a força e as várias nuances desse projeto nascente, organizado por um grupo de cinéfilos e produtores locais (Henrique Borela, Marcela Borela e Rafael Castanheira Parrode) e curado principalmente por eles e pelo crítico de cinema italiano Toni D’Angela.

Dirigir o foco para os campos do documentário e do filme experimental é uma primeira maneira de afirmar essa ideia da fronteira, primeiramente porque esses dois mundos cinematográficos têm a incerteza, a porosidade e abertura como características definidoras de sua própria natureza. Em relação ao documentário, poderíamos pensar na noção de “risco do real” de Jean-Louis Comolli (fricção necessária entre a câmera e o real que abre o documentário para a multiplicidade e a imprevisibilidade do mundo); no que tange ao filme experimental, poderíamos reivindicar os termos de Ken Jacobs, “cinema indeterminado” (um cinema que busca criar uma experiência livre e não codificada para o espectador).

Habitualmente relegados à margem dos espaços hegemônicos de exibição cinematográfica – nas salas comerciais, mas também nos festivais de cinema –, esses dois campos tornaram-se o centro de atração dos olhares por uma semana em Goiânia, numa poderosa reconfiguração das atenções. A conjugação entre essas duas modalidades do fazer cinematográfico produziu uma nova cartografia e ensejou uma espécie de Zona Autônoma Temporária para a experiência do cinema, durante a qual as divisões habituais foram suspensas e reconfiguradas. Embora um considerável número de filmes não tenha contado com as melhores condições de exibição – algo a se prestar atenção, sobretudo em um festival que lida com o cinema experimental –, a primeira edição do Fronteira foi, definitivamente, uma semana para ficar na memória.

Competitiva Internacional

A invenção de uma nova cartografia poderia ser pensada, por exemplo, a partir da escolha de programar, numa mesma Competitiva Internacional, um filme como Manakamana (Stephanie Spray e Pacho Velez, 2013) – imersão antropológica e cinematográfica produzida pelo Sensory Ethnography Lab, que percorreu diversos festivais pelo mundo – e um curta-metragem como Karioka (Takumã Kuikuro, Brasil, 2014), espécie de home movie ensaístico dirigido por um jovem realizador indígena brasileiro, exibido em pouquíssimos lugares. Em Manakamana, tomamos parte na jornada de um grupo de religiosos a bordo de um teleférico rumo ao templo de uma deusa no Nepal; em Karioka, viajamos junto com o diretor entre o Rio de Janeiro – onde ele é estudante em uma escola de cinema – e sua aldeia natal, no Parque Nacional do Xingu.

Karioka

Enquanto Manakamana se constrói como uma obra na qual o rigor é absoluto – o enquadramento fixo e imutável, o tempo da viagem do bondinho exatamente equivalente à duração do plano –, mas encontra nas variações sua maior força (o fascínio de cada aparecimento de um novo personagem, com suas nuances insuspeitadas), em Karioka tudo é mobilidade – o constante vai e vem entre o Rio de Janeiro e o Xingu agenciado pela montagem, a instabilidade do enquadramento que se transforma a cada situação filmada, as histórias que misturam a língua kuikuro ao português e produzem múltiplas ressignificações –, mas sua constituição enquanto pensamento cinematográfico autônomo é igualmente patente. Nesse sentido, o gesto de liberdade do festival consiste precisamente em reconhecer, em dois filmes cujo status social e cujos procedimentos formais são diametralmente opostos, uma visão igualmente original e uma ideia cinematográfica igualmente contundente. Manakamana e Karioka são filmes que compõem pensamentos estéticos extraordinários sobre o que significa abordar uma cosmologia no cinema, sobre como lidar com o suporte (seja o uso anacrônico do 16mm, seja o digital de “baixa qualidade”), ou, ainda, sobre como explorar o terreno da comédia a partir de novas modalidades.

A fronteira entre o olhar documental mais tradicional e a descoberta de novas possibilidades dramatúrgicas e plásticas foi uma constante na Competitiva Internacional, com resultados mais ou menos interessantes (e mais ou menos previsíveis). Em Hotel Nueva Isla (Irene Gutiérrez e Javier Labrador, Cuba, 2014), ao olhar marcadamente observacional sobre os habitantes de um hotel abandonado em Havana, conjugam-se breves esquetes ficcionais de rara força dramática, em composições que dialogam abertamente com a tradição pictórica. No entanto, um movimento que poderia produzir uma fricção radical entre registros acaba por resultar em uma obsessão por certa estética da ruína, largamente codificada e capturada pelo cinema contemporâneo. Aquilo que, em Pedro Costa (pelo menos desde Ossos), é da ordem de um conflito estético entre a presença dos corpos e os espaços em desmoronamento (pensemos em Ventura emergindo da escuridão no hospital em Cavalo Dinheiro, reconfigurando o equilíbrio entre a arquitetura e as figuras humanas), em Hotel Nueva Isla se torna uma adesão apaziguada à ruína em si mesma. A decadência do espaço acaba por se converter em decadência dos personagens e da própria forma, quando o filme insiste, repetidamente, em afirmar que aqueles homens e mulheres estão em processo de deterioramento, assim como as paredes do hotel.

Em outro filme sob a influência de Costa, há um passo além do cânone. Mambo Cool (Chris Gude, Colômbia, 2013) parte da exploração de um território imaginativo vinculado à marginalidade (universo muito propício à codificação atualmente, sobretudo no cinema latino-americano), mas encontra uma dramaturgia nada óbvia: esses personagens marginais não são corrompidos pela ruína de seu entorno, mas existem em contraste radical com ela, amando e combatendo uns aos outros, dançando salsa ou enunciando uma misteriosa poesia, ao mesmo tempo lírica e brutal. Na materialidade mesma dos enquadramentos (oblíquos, tortos, descentrados), o filme se dirige a esses seres para construir, junto deles, uma outra configuração estética da margem.

Em dois longas brasileiros em competição, a fronteira entre o documentário e a ficção se enuncia de maneira bastante distinta, mas igualmente potente. Branco Sai Preto Fica (Adirley Queirós, Brasil, 2014) parte de uma história trágica (a mutilação de alguns jovens negros nos anos 1980, durante uma intervenção da polícia em um baile black), para construir, junto desses personagens, uma ficção científica que imagina a Ceilândia (cidade situada na periferia de Brasília) em um futuro distópico, ainda mais segregado do que no presente. A esses sobreviventes que passaram a viver em bunkers improvisados, onde relembram suas histórias e preparam uma bomba sonora para explodir a capital do país, Adirley Queirós acrescenta outro personagem, um detetive vindo do futuro para coletar evidências da ação criminosa do Estado e reparar o dano sofrido pelas populações periféricas. A conjugação entre uma estrutura conceitual forte, um pronunciado desejo de intervenção política e um trabalho fotográfico excepcional resultam num filme notável, que destoa radicalmente do que se tem produzido no cinema latino-americano recente.

A Vizinhança do Tigre

A Vizinhança do Tigre (Affonso Uchôa, Brasil, 2014), por sua vez, traz uma série de elementos reconhecíveis atualmente no cinema do continente (e no brasileiro, em particular): a ambientação no território da periferia, a tematização da violência e das drogas, a busca por trabalhar com jovens atores ocasionais. A maneira pela qual esses elementos são agenciados, no entanto, é da ordem de uma revelação: resultado de quatro anos de filmagens, esse raro coming of age retrata a vida cotidiana de cinco jovens na periferia de uma grande cidade brasileira (onde o trabalho duro, os jogos infantis, a música, a fascinação pelas armas e a amizade se misturam) e nos deixa com a nítida impressão de que nenhum cineasta brasileiro recente havia imergido tão profundamente nesse território, e encontrado nessa imersão uma potência cinematográfica tão vibrante. A autoconsciência lúdica da encenação, o jogo constante entre uma linha dramática forte e um conjunto de performances fragmentadas, a mistura entre esquetes humorísticas hilariantes e a gravidade do drama do protagonista, o olhar franco e desassombrado diante da violência e das drogas, tudo isso confere ao filme de Affonso Uchôa a integridade de uma obra absolutamente consciente de todas as suas escolhas.

Seria preciso dizer, também, que a primeira edição do festival, embora aponte decisivamente para a liberdade, também comporta uma série de riscos. Em uma Competitiva Internacional notavelmente extensa – 25 sessões, 18 longas-metragens, 37 filmes no total –, é impossível manter um mesmo nível de compromisso com a invenção em todas as escolhas de curadoria. Foi muito interessante constatar, no entanto, como os filmes mais instigantes poderiam vir, muitas vezes, de onde menos se esperava (e não dos lugares já assinalados pelos festivais mais tradicionais).

O panorama oferecido pela Competitiva nos permite refletir sobre um dos vícios mais perceptíveis no cinema contemporâneo: a glorificação prévia da autoria em detrimento da obra em si. O exemplo de Costa da Morte (Lois Patiño, 2013) é particularmente interessante. Premiado em diversos festivais (Locarno, Jeonju, FICUNAM), Lois Patiño foi apontado em 2013 como um dos diretores mais promissores do ano. O filme, no entanto, embora se apresente como um olhar fresco e contundente sobre a relação entre o homem e a natureza (sobretudo nos primeiros dez ou quinze minutos), tem muitas dificuldades para sustentar o gesto em toda a sua extensão. No decorrer do filme, a radicalidade inicial logo se converte em uma estética do cartão-postal: a repetição do procedimento – uma série de planos longos retratando figuras humanas e paisagens – se torna, com o tempo, um padrão formal que pasteuriza o retrato da vida em uma aldeia costeira. Os primeiros planos gerais dos homens em conflito com o mar e com a rocha certamente impressionam, mas quando o filme insiste em impor sua obsessão geométrica a qualquer situação que se coloque diante da câmera – um parque de diversões, um homem que toca o sino da igreja do povoado –, só encontra uma beleza fácil, certo bucolismo ingênuo e conservador que congela um lugar e uma comunidade em uma aura de arcaísmo perdido.

Uma observação contrária poderia ser feita sobre Il Segreto (cyop&kaf, 2013), filme que já havia percorrido alguns festivais com sucesso (Torino, Cinéma du Réel), mas estava longe de ter uma reputação como a de Costa da Morte. Aqui, ao contrário, a impressão inicial é a de um filme bastante corriqueiro: enquadramentos pouco rigorosos, um olhar documental mais tradicional sobre um grupo de jovens que buscam retomar o ritual do dia de Santo Antônio em Napoli (a festa consiste em aproveitar as árvores de Natal já usadas para fazer uma grande fogueira em janeiro). Contudo, aquilo que pareceria ser a reencenação tranquila de uma tradição imemorial logo se torna algo muito mais complexo: nos conflitos em torno da demarcação de um território (os adolescentes se apropriam de um terreno abandonado, mas enfrentam a resistência dos vizinhos, da polícia e dos grupos rivais), nas brigas para armazenar as árvores recolhidas, na fuga desenfreada pelas ruas da cidade, os realizadores descobrem uma vitalidade impressionante, ao mesmo tempo em que constroem uma das mais potentes alegorias sobre as contradições políticas do mundo contemporâneo. O conflito entre uma geração conservadora e outra sedenta de mudanças, a necessidade premente de fazer coincidir a firmeza de propósito e o prazer da subversão, o compromisso primeiro com a beleza que não pode se afastar da reconfiguração dos espaços, está tudo lá, nesse pequeno conto sobre os preparativos para uma fogueira. Quando, ao som de uma belíssima peça de jazz, os meninos finalmente ateiam fogo às árvores empilhadas no terreno baldio conquistado a duras penas, cada arremesso de coquetel molotov carrega em si a força de uma reivindicação política. O cinema não mais se dirige a uma tradição congelada no passado, mas torna-se a celebração vital do movimento dos corpos, do fogo, da reinvenção, no presente, de um território físico e simbólico.

Abigail Child, Andrea Tonacci e o material bruto

Fora da Competitiva Internacional, o gesto de invenção cartográfica do festival e a aposta na fronteira como lugar de indeterminação criadora aparecem de forma ainda mais incisiva. vis à vis, de Abigail Child, programado numa sessão intitulada “Clássicos do Cinema Experimental… e algo mais”, é uma obra-prima: uma celebração da experiência do underground novaiorquino como poucas, que mistura outtakes filmados décadas antes com uma trilha sonora vibrante e surpreendente. O filme de Child é, simultaneamente, um conjunto de memórias e uma pura festa para os olhos e os ouvidos. A presença da realizadora no festival foi uma grande oportunidade de ver como essa grande cineasta estadunidense transita entre os campos do cinema experimental (como em Elsa e Unbound, ambos de 2013) e do documentário (como em Riding the Tiger: Letters from Capitalist China, de 2010, programado na sessão “Câmera Doc: o olho no mundo e seus conflitos”).

Na mostra dedicada a Andrea Tonacci, algumas obras decisivas para a história do cinema brasileiro foram exibidas: Olho por Olho (1966), Blá-blá-blá (1968), Bang Bang (1970), Conversas no Maranhão (1977) e Serras da Desordem (2006), filmes que se movem entre a etnografia, o ensaio e a ficção fragmentária, com um gosto único para a odisséia. Serras da Desordem – única cópia exibida em 35mm em todo o festival – é nada menos que o melhor filme brasileiro deste século, em seu retrato da incrível jornada de Carapiru, um índio que sobreviveu ao massacre de sua tribo e passou os dez anos seguintes vagando sozinho pelo país. O filme de Tonacci é, ao mesmo tempo, uma grande conjugação entre ficção e etnografia, um fabuloso ensaio sobre a linguagem e uma análise acurada da história brasileira, particularmente no que tange ao nosso pernicioso desenvolvimentismo.

Os Arara

Mas o festival também proporcionou aos espectadores um contato com obras inacabadas, esboços, material bruto ainda em construção. A presença de Tonacci em Goiânia foi um belo complemento às sessões e uma grande oportunidade para descortinar algo do pensamento estético de um de nossos maiores cineastas. Em Os Arara, projeto realizado para a televisão entre 1980 e 1983, essa fronteira entre o material bruto e a obra acabada é particularmente estimulante. Embora as duas primeiras partes do filme já contenham algo do cinema epopeico de Tonacci – e revelem uma impressionante odisseia na floresta em busca de um grupo indígena isolado, ameaçado pelos empresários que os empurram para dentro da mata –, a montagem apressada e televisiva acaba por prejudicar, em parte, a força das imagens. No terço final do filme exibido, contudo, o que temos é um material ainda não montado, composto de um conjunto de imagens que revelam o primeiro contato entre os indigenistas e os índios Arara. É aí, então, que a câmera de Tonacci se liberta e pode construir uma investigação sem precedentes sobre a própria natureza da imagem fílmica: na descoberta tátil dos corpos dos índios, nos olhares curiosos para a câmera e para o gravador, o que está em jogo para o espectador é um encontro entre uma lógica de representação ocidental do mundo – inscrita nos aparelhos – e algo que não sabemos o que é, e só podemos seguir perguntando com o olhar e a escuta. O aparecimento material dessa outra franja da humanidade – que exibe uma frequência verbal misteriosa, um movimento outro do corpo, um olhar indecifrável – inscreve na própria carne da imagem uma crise, uma cisão entre o que o cinema pode figurar e o que ele, de fato, só pode intuir, tatear, tocar.

Farocki múltiplo

Na mostra dedicada a Harun Farocki (planejada antes de sua morte), foi possível acompanhar um outro sentido da ideia de fronteira: a contestação do limite entre arte e crítica, como bem apontou Nicole Brenez em seu texto para o catálogo do festival. Os estudos visuais de Farocki enunciam uma crítica das imagens – da televisão aos jogos de computador, da publicidade ao próprio cinema – que se faz de maneira imanente, com os procedimentos do próprio cinema. O que a curadoria do festival permitiu discernir, no entanto, foi a multiplicidade dos gestos de cinema que a obra de Farocki abriga. Embora a retrospectiva estivesse longe de ser completa, foi bastante diversa e estimulante.

Além do exame das imagens através da associação livre e do comentário agenciados pela montagem – uma constante em Farocki, como em Videograms of a Revolution (1992), Workers Leaving the Factory (1995) ou na instalação Parallel (2013) –, há uma série de outros procedimentos em seu cinema. An Image (1983), filmado dentro dos estúdios da Playboy, enseja um olhar estritamente observacional, mas tem a particularidade de observar a fabricação do artifício absoluto: no acompanhamento do cálculo de cada posição do corpo da modelo, no olhar da câmera para cada decisão relativa ao cenário, descobrimos um Farocki artista do espaço, paradoxal cineasta da mise-en-scène. No surpreendente The Inextinguishable Fire (1969), um Farocki jovem e irreverente constrói uma sorte de panfleto ficcional sobre o Napalm, com a mesma medida de radicalidade e bom humor. O uso de atores, a construção de esquetes humorísticas, a contundência da dramaturgia brechtiana revelam um cineasta multifacetado, cuja impronta ficcional é absolutamente peculiar.

Durante nove dias, o que esse jovem festival proporcionou a seus espectadores foi uma vivência da fronteira enquanto espaço de liberdade, aberto às trocas, ao contágio e à imprevisibilidade de uma zona intermediária, ainda em construção. Ainda que nem todos os filmes exibidos apontassem para esse lugar de invenção, é impossível não reconhecer uma aposta curatorial vibrante, que parece plenamente disposta a se reinventar nos próximos anos.

Victor Guimarães

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Paralelos Extremos: sobre a imagem ou o que não está lá

[Editor’s note: This article is the Portuguese version of Parallèles extrêmes published at LA FURIA UMANA website.]

CAMIRA in FRONTEIRA 2014

«Já se foram os tempos em que bastava fazer “cinema” para ter os méritos da sétima arte. Esperando que a cor ou o relevo deem provisoriamente a primeira forma e criem um novo ciclo de erosão estética, o cinema não pode conquistar mais nada na superfície. Só lhe resta irrigar suas margens, insinuar-se entre as artes nas quais ele cavou tão rapidamente suas gargantas, investi-las insidiosamente, infiltrar-se no subsolo para abrir galerias invisíveis.»

André Bazin, “Por um cinema impuro”, O Cinema: Ensaios, 1991, p.106

 

Oscar Wilde escreveu que há duas maneiras de não gostar da arte: uma é simplesmente desgostá-la, e a outra é gostá-la racionalmente. Ele não falava de cinema. Mas estamos nós a falar de cinema? Este é um conceito tortuoso de definir, e quem sabe as pedras no caminho indiquem que devemos deixar de lado o esforço de seguir em linha reta e focar nos desvios e nas margens. Talvez a questão seja em todos os sentidos uma fronteira: não apenas entre o cinema e as outras artes, mas entre os diferentes registros que compõem a imensa variedade de trabalhos audiovisuais que ainda insistimos em chamar pelo mesmo nome: filme. Que sejam então filmes. E que seja urgente que olhemos para tais filmes, e não para suas supostas essências – que atuemos mais como existencialistas, ou experimentalistas.

A etimologia da palavra experimental está ela mesma mais próxima da ciência do que da arte. Artistas criam, cientistas testam – por meio de experimentos. Theodor W. Adorno diria que não é importante definir se o cinema é ou não um objeto artístico. O filósofo costumava elogiar os filmes que buscavam o improviso e a imperfeição. Mas improviso e imperfeição não são palavras adequadas para resumir o que foi assistido no I Fronteira – Festival do Filme Documentário e Experimental. Adorno admitia não ter visto muitos filmes em sua vida. Tudo bem. Não foram apenas os filósofos que tentaram, de improviso, estudar as imagens. Entre muitos exemplos, podemos pensar no próprio Oscar Wilde, em seu romance O Retrato de Dorian Gray (1891).

Dorian Gray encara sua imagem como a maioria dos teóricos da imagem lida com o conceito de cinema: algo que não envelhece, enquanto sua representação se torna obsoleta. Existe uma barreira entre nós e as imagens – algo que salta aos olhos quando estamos diante deste tipo de filme documentário ou/e experimental. Talvez o limite aqui seja o movimento. Um movimento engendrado pela máquina.

No trabalho de Harun Farocki trata-se de um limite invisível e preciso. Especialista na tecnologia atual, Farocki toma como premissa a inexistência da distinção entre homem e máquina, se observarmos o estudo da imagem desde as primeiras pinturas até o surgimento do videogame. Partindo da evolução do modo como o homem reflete sobre sua própria representação, levando em conta também a Literatura, desde Dorian Gray até a atual época das redes sociais, podemos dizer que se pretende que haja cada vez menos distinção entre o homem e aquilo que o representa. Há cada vez mais o desejo de nos tornarmos nossas próprias representações (quiçá sempre fomos, vide o Mito da Caverna de Platão) e talvez aí resida a impossibilidade de estuda-las com a frieza metódica que a ciência requisita. 

Tomemos a instalação Paralelos I, II, II e IV, de Farocki: a habilidade de manejar informações com destreza não está mais restrita ao homem, e a inteligência humana é tão limitada quanto o mecanismo de uma máquina. As imagens são mais parte de um processo do que representação de um processo (nas palavras de Farocki).  Os games atuais têm também memória seletiva – tudo se dá em função do herói, as ações dos coadjuvantes são sempre circunscritas. E quais memórias se têm de um oceano? O oceano real tem profundidade, porém o virtual, construído pelo computador, tem apenas superfície. O processo parece ser o mesmo em relação a nossas memórias reais e aquelas que são representadas.

No iraniano The Silent Majority Speaks (2010), de Bani Khoshnoudi, o narrador é pontual: «Bem, temos aqui todas estas imagens. Mas onde está nossa memória? Imagem não é memória.» Semelhante a outros filmes exibidos no I Fronteira, como os do cineasta português Rui Simões (Deus, Pátria, Autoridade [1975], O Bom Povo Português [1980]  e Guerra ou Paz [2012]), o filme de Bani Khoshnoudi é uma reflexão sobre si mesmo enquanto imagem no (não) papel de memória, e também da ideia de nação – e sobre como esta falsa ideia molda nossa autodestruição enquanto seres racionais.

Nos filmes não há memória. A montagem de imagens de arquivo com depoimentos pessoais e históricos é sempre um confronto entre semelhanças e diferenças (Farocki), que apenas partem da memória. A memória é construída por outras imagens – que cada indivíduo formula em um misto de sonho e realidade (Adorno). Não existe memória coletiva, apenas imagens coletivas.

Existe a materialidade dos sonhos, como nos filmes de Marc Hurtado (Jajouka: something good comes to you [2012], Ciel, Terre, Ciel [2009]), ou ainda a materialidade dos pesadelos, como nos filmes de Khavn de La Cruz, (Mondomanila, or: how I fixed my hair after a rather long journey [2010], Edsa XXX: Nothing Ever Changes, Misericordia: the last mistery of Kristo Vampiro[2013]). Em Misericordia o diretor filipino mostra pessoas que procuram uma espécie de redenção, ao tentar extrair algo demoníaco que existe entre o instinto humano e o animal.

Em outro extremo, Harun Farocki busca este cerne demoníaco do instinto humano na racionalidade da mente. Em Sauerbruch Hutton Architekten (2013) Farocki constrói uma atmosfera de organização obsessiva: o manejo do espaço humano por um grupo arquitetos que manipula «suas próprias criaturas, ou cartões postais e brinquedos». Este documentário é um prolongamento do curta-metragem New Product (2012), e fica subtendido em ambos uma comparação do trabalho arquitetônico com o cinematográfico, ao avesso de Natureza Morta (1997), filme no qual o diretor mostra mais interesse em observar a imagem pelo prisma de suas raízes na Pintura.

Na Pintura não há movimento e o artista busca efeitos que não levam em conta a presença do tempo. O peso da imagem provém do aumento de tamanho que a perspectiva da distância confere aos objetos (Rudolf Arnheim).  Tanto em uma Pintura da Renascença quanto em uma propaganda de cerveja (Natureza Morta [1997]) os criadores estão trabalhando segundo as diretrizes do espaço. Na arquitetura (New Product [2012] e Sauerbruch Hutton Architekten [2013]), assim como no cinema, o tempo é também essencial porque o criador tem o esforço de combinar o movimento real dos seres com a paisagem.

Ao se voltar para o mundo da arquitetura Farocki insere suas imagens na era-auge das máquinas; homens-máquina e olhos-máquina. A câmera do documentarista se volta para o que está entre os olhos e o maquinário. Os olhos não podem mais ser apenas biológicos.  É o ápice de um processo já previsto por Walter Benjamin em seu artigo de 1934, Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit. Uma forma rara de pensar o cinema sem discutir representação.

A câmera de Sauerbruch Hutton Architekten (2013) é robótica, insistente e meticulosa. A câmera não busca pessoas, nem matéria-prima, mas matéria morta, transfigurada. Os profissionais discutem sobre a criação de um corredor que proporcione o encontro entre os funcionários no momento em que estes abandonam seus escritórios, por exemplo, para fazer suas refeições («É preciso que eles se encontrem!»). Percebemos que a meta do projeto arquitetônico é a coordenação dos movimentos humanos a partir da atmosfera de um prédio de concreto.

Mas enquanto os arquitetos discutem possibilidades de os trabalhadores se cruzarem, a câmera foca apenas nos projetos à frente deles: seus desenhos e anotações, suas obsessões materiais. Um dos clientes olha para o desenho do edifício e diz em tom jocoso: «Somos os únicos objetos sem cor deste desenho. Parecemos invasores do projeto deles… Mas somos nós que vamos trabalhar aí dentro!», e então a câmera mostra o esboço de papel, com um edifício colorido e alguns pequenos humanoides em cinza.

No I Fronteira, este olhar robótico da câmera também pôde ser observado nos filmes Marcelo Pedroso, como Pacific (2009) e Camera Obscura (2012),  ainda que em outro registro, com uma meticulosidade mais focada na montagem e no improviso. Pacific (2009) é construído a partir de uma série de gravações feitas por passageiros de um cruzeiro com seus telefones celulares. Em Camera Obscura (2012) Pedroso tenta fazer o mesmo (delegar a direção do filme para cineastas não oficiais), entregando filmadoras pela caixa de correio em uma série de casas de classe alta do Recife. Quando os moradores recebem a câmera ela já está ligada. Mas nenhum deles segue filmando a si mesmo, e eis a justificativa de praxe: «É um crime apossar-se da imagem de alguém sem autorização!». Enquanto um dos moradores está proferindo justamente esta frase, a lente do documentarista revela uma câmera de segurança em frente à casa do mesmo morador.

Estaria a imagem subjugando as pessoas a fim de servi-las? Talvez se trate de um procedimento quase instintivo. Parece o mesmo processo involuntário do movimento cinematográfico, como em Operários saindo da fábrica (1995) Numa imagem em movimento este movimento é mais importante do que uma ação ou intenção singular.

O narrador de Operários saindo da fábrica (1995) explica a ideia de desequilíbrio (atividade humana) e compensação (materialidade do movimento) ao mesmo tempo em que a câmera mostra uma mulher puxando a saia de outra. A segunda mulher não reage, e corre em direção ao canto oposto da tela. Isso acontece quando todos os trabalhadores estão saindo do local de trabalho, correndo. Há uma volumosa massa de pessoas.

Não seria fácil perceber esta mulher puxando a saia da outra se não houvesse um narrador especificando a ação, e sem este narrador nossos olhos funcionariam de acordo com a compensação da imagem em movimento. Apenas vemos trabalhadores correndo, uns para um lado da tela, outros para o lado oposto. Não percebemos o desequilíbrio, embora ele seja uma premissa para a compensação. Sentimos que há muita ação em jogo, mas não identificamos em detalhes. E tudo soa como se tivesse de ser assim – como se os olhos devessem sentir melhor e para isso ver menos, a fim de experimentar mais.

Trata-se da mesma compensação que há na Pintura, como está em Natureza Morta (1997) a mesma compensação que não existe entre as nuvens construídas pelo computador, mas sim entre as nuvens fotografadas por uma câmera em Paralelo II. As nuvens são as mesmas, sua reprodução pelo computador é perfeita, mas os olhos sentem que não são reais. Em uma fotografia ou em uma captura de vídeo existe um equilíbrio invisível que é o mistério da imagem impura (captada, e não construída). Um mistério que é mais experiência do que memória – é um movimento.

Nos filmes de Clarice Hahn (Our body is a weapon: Los Desnudos [2012], Our body is a weapon: Prisions [2012], Our body is a weapon: Gerilla [2012])  há experiência de luta e sofrimento. Em Clarice Hahn se processa o oposto do que está implicado em An Image (1983), de Harun Farocki, que acompanha uma maratona de fotos num estúdio da Revista Playboy. O corpo da modelo é um projeto que o time de fotógrafos tenta transformar em algo perfeito dentro dos padrões de sensualidade dos anos 1980, com a idêntica obsessão que os arquitetos lidam com seu projeto de edifício em New Product (2012) e Sauerbruch Hutton Architekten (2013).

Em An Image (1983) o corpo humano, fraco e impotente, é o contrário da arma contra as pressões políticas e sociais que constitui os corpos de Clarice Hahn. Porém os corpos (tanto em Farocki quanto em Hahn) são moldados pela tensão. Afinal, ser humano é sentir, e sentir é sofrer (Alexander Kluge).

Um sofrer que está também nos mártires da Kavhn de La Cruz, nas marionetes exóticas de Marc Hurtado, no dia-a-dia do povo chinês no documentário Riding the Tiger (2010) de Abigail Child, nos heróis e anti-heróis de Rui Simões. Esteja ele na exacerbação das angústias de um povo (Simões, Khoshnoudi, De La Cruz), do indivíduo (Pedroso, Hahn) ou da humanidade (Farocki).

Talvez, como em Dorian Gray, não importe tanto o que enxergam os olhos do outro, mas como nós nos sentimos em relação às imagens que constituem nossa experiência de estar no mundo. Não há revolução da imagem, há a evolução do homem (ou involução, nos termos de Walter Benjamin), o que se bifurca na arte, na ciência, ou nesta zona limítrofe do experimento que se dá entre o objeto, a memória e o mistério da câmera.

Gabriela Wondracek Linck